Processionnaires et autres chenilles « poilues » : ne les confondez plus !

Chaque année, les chenilles processionnaires sont à l’honneur de nombreux articles alarmistes qui nous mettent en garde contre les effets qu peuvent provoquer leur contact : irritations, réactions allergiques, voire problèmes respiratoires. Mais peu d’articles, en fin de compte, indiquent comment reconnaître à coup sûr les chenilles processionnaires, et aucun à ma connaissance ne donne de conseils pour différencier les processionnaires des autres chenilles, inoffensives, avec lesquelles elles peuvent être confondues.
Cet article a donc pour objectif de vous permettre de différencier les nombreuses espèces de chenilles poilues et/où qui vivent en groupe, que l’on rencontre le plus souvent dans les parcs, les forêts et les jardins. Seront abordées ici toutes les chenilles poilues et grégaires, ainsi que les autres chenilles les plus fréquemment confondues avec les Processionnaires.

Avant de lire l’article, vous pouvez si vous le souhaitez tester vos connaissances en cliquant ici : il s’agit d’un petit quiz sur les chenilles poilues.

Les vraies processionnaires

La Processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa)
Processionnaire du pin.png
Où vit-elle ? Exclusivement dans les Pins (Pin sylvestre, Pin maritime, Pin parasol…), et parfois dans les Cèdres.
Quand peut-on l’observer ? Les chenilles tissent des nids de soie à l’extrémité des branches, qui sont visibles tout au long de l’hiver. Au printemps, elles quittent leur nid pour descendre au sol, en formant une procession, puis s’enterrent dans le sol pour effectuer leur nymphose (= devenir chrysalide).
Est-elle dangereuse ? Son contact peut provoquer de vives réactions allergiques : elle ne doit pas être manipulée ni approchée.
Comment la reconnaître ? Elle s’observe rarement seule. Sa face dorsale est orange barrée de noir. Sur le côté, elle possède de longs poils gris clair. Sa tête est entièrement noire et lisse.

La Processionnaire du chêne (Thaumeotopoea processionea)
Processionnaire du chêne.pngOù vit-elle ? Exclusivement dans les chênes (Chêne pédonculé, chêne sessile…)
Quand peut-on l’observer ? Plus tard dans l’année que la Processionnaire du pin, dès le mois de mai et jusqu’en juillet environ.
Est-elle dangereuse ? Tout comme la Processionnaire du pin, son contact peut provoquer des réactions allergiques et des irritations : il ne faut ni s’en approcher, ni la toucher.
Comment la reconnaître ? Elle s’observe rarement seule. Sa face dorsale est noire et ses côtés sont gris. Elle possède de longs poils blancs partant d’un petit point orange. Sa tête est noire et lisse. 

Note : Il existe une troisième espèce de Processionnaire en France, la Processionnaire pinivore. Elle est plus rare et localisée dans certaines forêts de pins du Sud-Est de la France. 

Les autres chenilles poilues vivant en groupe

La Livrée des arbres (Malacosoma neustria) Livrées.pngOù vit-elle ? Dans de nombreux arbres : Prunelliers, Aubépines, fruitiers.. Les jeunes chenilles tissent un nid collectif de soie. En grandissant, elles se dispersent et se rencontrent alors seules.
Quand peut-on les observer ? Dès le mois d’avril et durant tout le printemps.
Sont-elles dangereuses ? Les Livrées sont totalement inoffensives : elles ne possèdent pas de poils urticants et sont même « toute douces » au toucher.
Comment les reconnaître ? Elles possèdent sur la face dorsale plusieurs lignes parallèles : la ligne centrale est blanche (pas forcément visibles aux premiers stades larvaires), et les autres sont oranges et bleues. La tête est bleue, avec deux points noirs comme des yeux. Le corps est parsemé de quelques poils fins.

La Livrée alpine (Malacosoma alpicola) et la Franconienne (Malacosoma franconica)
Alpine et Franconienne
Dans certaines régions de France, on peut observer deux autres espèces de Livrées, qui sont elles aussi inoffensives : la Livrée alpine et la Franconienne. La première se rencontre dans les Alpes et dans le Jura, à partir de 1000 mètres d’altitude ; la seconde s’observe plutôt dans le midi de la France et sur la façade atlantique. Les deux vivent au sol et forment des colonies regroupées autour d’une grande toile de soie.

La Laineuse du Cerisier (Eriogaster lanestris)
Laineuses.pngOù vit-elle ? Dans les Aubépines, les Prunelliers, les Aulnes, les Saules… et certains arbres fruitiers.
Quand peut-on l’observer ? Du mois d’avril au mois de juillet.
Est-elle dangereuse ? Elle ne présente aucun danger : elle n’est pas urticante.
Comment la reconnaître ? Les chenilles de la Laineuse du Cerisier tissent très tôt un grand nid de soie. Elles sont d’un gris bleuté très sombre et possèdent de petits motifs blancs le long du corps. En grandissant, elles développent de petites touffes de poils oranges courts disposés le long du corps, au dessus des motifs blancs. Leur corps est parsemé de longs poils blancs et fins.
Note : Il existe une espèce très proche de la Laineuse du Cerisier et beaucoup plus rare : la Laineuse du Prunellier (Eriogaster catax), protégée sur l’ensemble du territoire français et inscrite en annexe II de la Convention de Berne et en annexes II et IV de la Directive Habitats-Faune-Flore. Ce petit article peut vous aider à les différencier.

Le Gazé (Aporia crataegi)
Gazé2.pngOù vit-elle ? Sur les arbres de la famille des Rosacées : Prunellier, Aubépine, Prunier, Sorbier des oiseleurs, arbres fruitiers…
Quand peut-on l’observer ? Généralement en avril-mai, parfois juin.
Est-elle dangereuse ? Elle est totalement inoffensive.
Comment la reconnaître ? La chenille vit en groupe dans un nid de soie. Elle est légèrement poilue, gris clair à foncé sur les côtés et orange sur le dessus, avec une ligne médiane plus sombre.

Le Cul-brun (Euproctis chrysorrhoea)
culbrun.png
 vit-elle ? Dans de très nombreuses espèces d’arbres différents (souvent Chênes, Aubépines…) , c’est une chenille polyphage.
Quand peut-on l’observer ? Les jeunes chenilles passent l’hiver dans un petit nid de soie autour d’une ou deux feuilles séchées. Elles reprennent leur développement au printemps et sont alors essentiellement visibles d’avril à juin.
Est-elle dangereuse ? Elle fait partie des chenilles urticantes, évitez donc tout contact avec elle ; les années où elle pullule, elle peut également être responsable de la défoliation de nombreux arbres…
Comment la reconnaître ? Le critère essentiel pour reconnaître cette chenille est la paire de points rouges qu’elle possède à l’arrière du corps, visible assez tôt au cours de son développement. Sa couleur générale est le brun sombre, et elle possède sur les côtés du corps une ligne de points blancs. Enfin, son corps est couvert de longs poils orange. Les chenilles vivent dans des nids de soie pendant une bonne partie de leur développement, puis s’isolent jusqu’à la nymphose.

Les chenilles poilues ne vivant pas en groupe

Le Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus)
Bombyx du chene.png
Où vit-elle
 ? Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, elle n’est pas strictement inféodée aux chênes et peut se nourrir d’autres plantes : Ronces, Prunellier…
Quand peut-on l’observer ? Elle s’observe facilement dans les jardins essentiellement de mars à juillet. On peut la rencontrer à d’autres moments de l’année, car les chenilles naissent à la fin de l’été, commencent à grandir en automne, et hivernent jusqu’au printemps pour reprendre leur développement à ce moment.
Est-elle dangereuse ? Cette chenille peut sans problème être déplacée en utilisant une petite cuillère ou une feuille. Elle n’éjecte pas de poils urticants en cas de danger. Son contact n’est pas dangereux, mais les personnes à la peau sensible ou allergiques doivent cependant éviter de la toucher. Au moment de la nymphose, elle tisse un cocon de soie mêlé de poils et le contact avec ce cocon peut provoquer des démangeaisons pendant quelques heures, sans conséquence.
Comment la reconnaître ? Cette chenille possède des poils bruns assez courts sur tout le corps, et roux sur les côtés et aux extrémités. Son corps est cerclé de bandes noires sans poils. Sa tête est assez grosse et velue. Elle peut être confondue avec le Bombyx du trèfle (Lasiocampa trifolii), qui lui ressemble beaucoup mais est un peu plus clair et plus roux.

L’Écaille martre (Arctia caja)
écaillemartre.pngOù vit-elle
 ? Elle se nourrit de très nombreuses espèces de plantes différentes, on peut donc la rencontrer un peu partout. Elle se déplace beaucoup durant sa vie de chenille.
Quand peut-on l’observer ? D’avril à août environ.
Est-elle dangereuse ? Malgré son aspect très velu, elle n’est pas réputée pour être urticante. Je n’ai jamais eu de problèmes en la manipulant : en « forçant » vraiment, c’est-à-dire en la caressant « à rebrousse-poil », je me suis retrouvée avec quelques petits poils dans le doigt qui sont tombés tout seuls sans provoquer de réaction. Mais une fois de plus, les personnes allergiques ou sensibles doivent rester prudentes.
Comment la reconnaître ? Sa couleur générale est le noir, qui recouvre presque tout son corps, et l’orange, à l’avant et sous le corps. Elle possède de très longs poils blancs et une petite tête noire glabre et lisse. Elle se déplace très vite pour une chenille.

Le Bombyx disparate (Lymantria dispar)
disparate.pngOù vit-elle ? Sur les Chênes, les Charmes, les Hêtres, les Prunelliers… et de nombreux autres arbres (400 espèces différentes selon l’institut Suisse d’entomologie forestière).
Quand peut-on l’observer ? D’avril à juillet essentiellement.
Est-elle dangereuse ? Elle est totalement inoffensive pour les humains, car elle ne possède pas de poils urticants. Elle peut être manipulée sans crainte. En revanche, elle est considérée comme un ravageur des forêts.
Comment la reconnaître ? C’est une chenille très simple à reconnaître : elle possède une grosse tête orangée avec deux traits noirs, lui faisant comme deux yeux. Elle porte sur la face dorsale plusieurs paires de points rouges et bleus disposés en ligne. Elle possède également de chaque côté de la tête une petite protubérance de laquelle part une touffe de longs poils, qui, de face, donnent l’impression qu’elle porte des couettes. Les années où elle pullule, on peut l’observer en groupes.

Le Bombyx buveur, ou la Buveuse (Euthrix potatoria)
buveuse.pngOù vit-elle
 ? Dans la végétation herbacée, généralement sur les Poacées (graminées) et les Joncacées (joncs) dont elle se nourrit.
Quand peut-on l’observer ? Surtout d’avril à juillet, parfois plus tard dans l’année.
Est-elle dangereuse ? Elle n’est pas réputée pour être urticante, et je n’ai jamais eu de problème en la manipulant. On la rencontre davantage en se promenant dans la nature que dans son jardin.
Comment la reconnaître ? Son allure générale est similaire à celle du Bombyx du chêne, avec un corps très poilu et une tête plutôt grosse. Elle possède une touffe de poils plus longs que les autres à l’avant et à l’arrière du corps. Ses couleurs sont le vert olive et le brun, et elle possède des lignes latérales d’un doré prononcé, accompagnées de taches blanches.

Le Bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi)
bombyxdelaronce.pngOù vit-elle
 ? Plutôt dans la végétation basse : elle se nourrit de nombreuses plantes herbacées et de certains petits ligneux comme les Ronces ou les Chèvrefeuilles.
Quand peut-on l’observer ? On la rencontre plus tardivement que les espèces évoquées plus haut, car les chenilles naissent au milieu du printemps et achèvent leur développement en automne. C’est généralement en septembre/octobre qu’elles sont bien visibles à leur dernier stade larvaire (photo de droite).
Est-elle dangereuse ? Elle n’est pas réputée pour être urticante. Comme pour d’autres chenilles évoquées plus haut, il est recommandé aux personnes à la peau sensible et/ou allergiques d’éviter de la toucher à main nue.
Comment la reconnaître ? Cette chenille ne porte que deux couleurs, l’orange et le noir. Sa tête est relativement grosse et duveteuse. Le noir est dominant chez les jeunes chenilles qui sont nettement cerclées d’orange. En grandissant, les anneaux sont moins visibles sous la toison plus dense de ses poils. Au dernier stade, la chenille se pare d’une bande dorsale orange à rouge, et de poils latéraux gris.

Les chenilles non poilues qui vivent en groupe

La Grande tortue (Nymphalis polychloros)
grandetortue.pngOù vit-elle
 ? Dans les Cerisiers, les Ormes, Saules, Peupliers, certains arbres fruitiers…
Quand peut-on l’observer ? D’avril à juillet environ.
Est-elle dangereuse ? Elle est totalement inoffensive.
Comment la reconnaître ? Sa couleur générale est le noir. Son dos est traversé d’une ligne brune et elle porte des rangées de soies épineuses de la même couleur. Sa tête est assez petite et bien détachée du reste de son corps. Les chenilles restent groupées durant la plus grande partie de leur développement.

Les Hyponomeutes (Yponomeuta spp.)
hyponomeute.pngOù vivent-elles
 ? On les rencontre souvent sur les Fusains, mais certaines espèces peuvent consommer le Sorbier des oiseleurs, le Cerisier de Sainte-Lucie, les Saules, ou certains  arbres fruitiers.
Quand peut-on les observer ? Aux alentours des mois de mai et juin.
Sont-elles dangereuses ? Ce sont des chenilles totalement inoffensives pour l’homme. Elles peuvent défolier sévèrement les Fusains, mais ils s’en remettent généralement
Comment les reconnaître ? On remarque surtout la présence d’Hyponomeutes aux énormes tentes de soies qu’elles tissent, dans lesquelles elles passent la totalité de leur stade larvaire.

Les Tenthrèdes
tenthrèdes.pngLes Tenthrède ne sont pas des Lépidoptères (contrairement aux chenilles), mais des Hyménoptères (= ordre des abeilles, guêpes, bourdons, fourmis…). 
Où vivent-elle
 ? Les espèces grégaires, comme celles représentées ci-dessus, se rencontrent généralement dans diverses essences de ligneux, différentes selon les espèces. Dans les jardins, on peut en observer sur les Rosiers. D’autres espèces sont solitaires et se rencontrent plutôt sur les plantes basses.
Quand peut-on les observer ? Tout au long du printemps et de l’été.
Sont-elles dangereuses ? Elles sont totalement inoffensives.
Comment les reconnaître ? Ces larves ressemblent à des chenilles, mais possèdent une seule paire d’yeux et au moins 6 paires de fausses-pattes abdominales. Les couleurs et les motifs varient selon les espèces. (Pour apprendre à différencier les tenthrèdes des chenilles, suivez ce lien!)

Conclusion

De nombreuses chenilles françaises peuvent être confondues avec les processionnaires. Gardons à l’esprit que le territoire français héberge près de 5000 espèces de Lépidoptères – et donc, de chenilles – différentes, dont une petite demi-douzaine seulement sont potentiellement dangereuse pour l’homme. Inutile donc de s’alarmer face à la moindre chenille poilue, ou de chercher à la détruire avant même de l’avoir identifiée. Dans la plupart des cas, même pour les chenilles urticantes, il suffit de s’éloigner de la zone concernée. Le mieux reste, lorsque cela est possible, d’apprendre à nos enfants à ne pas toucher les chenilles poilues, et de surveiller les déplacements de nos animaux domestiques.

18Fiche récapitulative sur les chenilles poilues : n’hésitez pas à la diffuser !


Photographies utilisées :
– Chenilles de Processionnaire du pin par Katja Schulz sur Wikimedia commons.
– Nid de Processionnaires du pin par makamuki0 sur Pixabay.
– Chenille de Processionnaire du chêne par Christian Fischer sur Wikimedia commons.
– Nid de Processionnaires du chêne par Stoeberhai sur Wikimedia commons.
– Nid de Livrées des arbres par gailhampshire sur Flickr.
– Chenille de Gazé en pré-nymphose par James Lindsey sur Wikimedia commons.
– Nid de chenilles de Gazé par Harald Süpfle sur Wikimedia commons.
– Nid de chenilles de Cul-brun par Daniel Jolivet sur Flickr et par Rob Hille sur Wikimedia commons.
– Imago de la Buveuse d’après gailhampshire sur Flickr.
– Chenille mature du Bombyx de la ronce par Ivar Leidus sur Wikimedia commons.
– Imago d’Hyponomeute d’après Donald Hobern sur Flickr.