Le Manteau pâle (Eilema caniola)

D’ordinaire plutôt discrète, la chenille du Manteau pâle (Eilema caniola) peut devenir assez envahissante certains étés chauds et pluvieux. On rencontre alors les chenilles de ce petit papillon nocturne sur les murs des jardins, les façades des maisons, les bords de fenêtres et les toitures, où elles trouvent en abondance les lichens et algues dont elles se nourrissent.

Reconnaître le Manteau pâle
Le Manteau pâle
C’est une chenille de petite taille, relativement facile à reconnaître à ses bandes dorsales et latérales de motifs oranges. On peut la confondre avec d’autres chenilles du genre Eilema, comme le Manteau à tête jaune (Eilema complana). Cette dernière possède des motifs orange similaires, mais ils sont plus espacés les uns des autres.
Ci-dessous, comparaison de trois espèces du genre Eilema :

Cycle de vie

Dans nos contrées, le Manteau pâle connaît une à trois, mais plus généralement deux générations par an, au printemps et en été. La femelle dépose ses œufs blanc-jaunâtre en groupe sur les lichens et les algues se développant sur les pierres, les rochers, le béton, les murs, les arbres ou les toitures. Les chenilles se dispersent après éclosion pour se développer isolément. Celles de la génération printanière se développent d’une traite, et celles de la génération estivales passent l’hiver en diapause, à l’abri des intempéries et des prédateurs. Une fois leur croissance terminée, elles descendent à terre pour se nymphoser dans un petit cocon de soie individuel.
L’adulte peut être observé d’avril à novembre, avec des pics aux mois de juin et de septembre.

Plantes-hôtes

La chenille se nourrit de diverses espèces d’algues et de lichens*. Certaines Fabacées sont également mentionnées comme plantes-hôtes occasionnelles : le Lotier corniculé (Lotus corniculatus), le Trèfle rampant (Trifolium repens) ou l’Anthyllis vulnéraire (Anthyllis vulneraria), ainsi qu’une Astéracée, la Laitue cultivée (Lactuca sativa).
*Je n’ai hélas pas pu trouver de liste précise d’espèces !

Répartition et habitat

On peut rencontrer cette espèce du Nord-Ouest de l’Afrique à l’Ouest de l’Asie. Elle est largement répandue à travers l’Europe centrale, et présente partout en France.
C’est une espèce thermophile qui apprécie les milieux secs : pentes rocheuses, maquis, forêts claires, bords de route, plages de galets et divers autres milieux rocheux. On peut la rencontrer jusqu’en ville, pourvu que les murs et les toits soient suffisamment couverts de lichens.

Étymologie

Le Manteau pâle porte le nom scientifique Eilema caniola. Le nom de genre Eilema vient du grec et signifie « voile », en référence à la façon dont les papillons de ce genre maintiennent leurs ailes enroulées. Le nom d’espèce caniola vient quant à lui du latin canus signifiant « gris ».

Une chenille dangereuse ?

Les chenilles du Manteau pâle sont légèrement urticantes, et leur contact peut provoquer des réactions cutanées (bien moins sévères que celles provoquées par les processionnaires). Leur présence n’est généralement pas problématique lorsqu’il s’agit de deux ou trois individus sur le mur d’une maison ; mais les étés chauds et humides, il peut arriver que des dizaines d’individus pénètrent à l’intérieur des maisons par les fenêtres et velux restés ouverts…

Pourquoi entrent-elles dans les maisons, et comment s’en débarrasser ?

L’entomologiste Wolfgang Wagner suggère sur son site European Lepidoptera and their ecology que les chenilles de cette espèce entrent en dormance durant les journées chaudes d’été. Bien qu’il s’agisse d’une espèce thermophile (qui aime la chaleur), il se peut que les chenilles cherchent un endroit pour s’abriter temporairement de la chaleur, et qu’elles entrent alors dans les domiciles. Une autre hypothèse serait tout simplement que les chenilles, ayant terminé leur développement, recherchent un endroit calme pour se nymphoser (se transformer en chrysalide), et s’égarent accidentellement dans les maisons.
Ces « pullulations » n’ont pas lieu chaque année, et seraient liées en partie aux conditions météorologiques : un printemps pluvieux, suivi d’un été chaud et sec, seraient favorables au développement des lichens et des chenilles qui s’en nourrissent. Ce fut notamment le cas en 2012 et en 2017, et c’est à nouveau le cas en 2021.
Certains articles conseillent d’aspirer les chenilles à l’aide d’un aspirateur, ou de les asperger au jet d’eau (en extérieur, bien sûr). Personnellement, je recommande plutôt l’usage d’une petite pelle et d’une balayette : ces outils permettent de capturer les chenilles sans les blesser, pour pouvoir les relâcher plus loin, à l’écart de son jardin. L’usage de produits insecticides est à proscrire, surtout en intérieur.
En prévention, les années de pullulation, il est conseillé de garder ses fenêtres et velux fermés, ou d’y installer des moustiquaires. En dernier recours, si le phénomène est récurrent et que les chenilles posent réellement problème, un traitement anti-mousse des toitures peut être envisagé.

Galerie photos (Cliquez sur les photos pour les afficher en grand !)

Bibliographie

  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Eilema caniola
  • Lepidoptera and their ecology : Eilema caniola
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Eilema caniola
  • Lépinet : Eilema caniola
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Eilema caniola
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships Among More Than 7700 Species : Eilema caniola

Dernière mise à jour de l’article : août 2021