Le Cossus gâte-bois (Cossus cossus)

Par sa taille impressionnante (jusqu’à 10 centimètres !) et son aspect original, la chenille du Cossus gâte-bois (Cossus cossus) fait partie des plus singulières de la faune française. Ce gros papillon de nuit appartient à la famille des Cossidés, représentée en France par 7 espèces. Les chenilles de cette famille ont la particularité d’être xylophages : elles se nourrissent non pas de feuilles, mais de bois, et creusent dans les arbres des galeries dans lesquelles elles passent l’essentiel de leur vie larvaire. Dans nos contrées, le Cossus gâte-bois est de loin le plus commun et le plus répandu de sa famille, aux côtés de la Zeuzère du poirier (Zeuzera pyrina). Ces deux espèces sont considérées comme nuisibles, en raison des dégâts que les chenilles peuvent causer dans les arbres fruitiers.

Reconnaître le Cossus gâte-bois

Le cossus gâte-bois.png

Cette grosse chenille est globalement glabre, à l’exception de quelques poils disséminés çà et là sur son corps. Durant ses premiers stades, la petite chenille est jaune ou rosée. Ce n’est qu’en grandissant qu’elle acquière ses couleurs de sorbet mangue passion – fruits rouges caractéristiques.

Cycle de vie

Au printemps, la femelle du Cossus gâte-bois dépose ses œufs isolément ou en petits groupes sur le tronc de diverses essences d’arbres : Saules, Peupliers, mais aussi arbres fruitiers . Le plus souvent, il s’agit d’arbres déjà affaiblis, voire déjà occupés par d’autres chenilles xylophages. La chenille naissante se développe dans un premier temps sous l’écorce de l’arbre, puis pénètre progressivement plus profondément vers le cœur de l’arbre. Elle creuse alors de longues galeries dans l’aubier, pouvant atteindre à terme environ 2 centimètres de diamètre. La chenille exporte une partie de la matière creusée vers l’extérieur de l’arbre, et on peut alors détecter l’occupation de l’arbre à la présence de sciure à sa base.
La croissance de la chenille du Cossus gâte-bois est relativement longue, et peut s’étaler sur une à quatre années. Au terme de son développement, la chenille se nymphose dans l’arbre, ou bien le quitte pour trouver un autre endroit propice.
→ Dans le premier cas, elle s’aménage une logette dans sa galerie en agglomérant de la sciure à l’aide de soie. Peu avant l’émergence du papillon, la chrysalide, mobile, remonte vers la sortie en se dandinant : grâce aux nombreuses petites excroissances griffues présentes sur son pourtour, elle est capable de se déplacer avec plus ou moins d’aisance dans sa galerie. Le papillon émergeant laisse derrière lui la dépouille vide de sa chrysalide, qui reste souvent accrochée au trou de sortie de la galerie.
→ Dans le second cas, elle quitte l’arbre peu avant la nymphose, et vagabonde à la recherche d’une cachette, ou bien s’enterre superficiellement dans la litière et s’y construit un petit cocon dans lequel elle se métamorphose. C’est souvent à ce moment-là que l’on observe cette chenille, traversant les routes et déambulant le long des chemins.
→ Il arrive également que la chenille quitte son arbre à l’automne, et se construise une petite logette dans la litière ou dans la terre pour y passer l’hiver. Ce n’est qu’au printemps suivant qu’elle sort de sa léthargie, puis se nymphose (comme le fait le Bombyx de la ronce par exemple).
L’émergence des papillons a lieu au printemps ou en été. Leur activité est nocturne.

Plantes-hôtes

C’est avant tout sur les Saules (Salix) et les Peupliers (Populus) que la femelle Cossus vient déposer ses œufs, mais d’autres essences sont également plébiscitées : les Chênes (Quercus), les Aulnes (Alnus), les Bouleaux (Betula), le Hêtre (Fagus sylvatica), les Érables (Acer), les Ormes (Ulmus), le Charme (Carpinus betulus), le Frêne (Fraxinus excelsior) ou encore les Tilleuls (Tilia). Dans les jardins et les vergers, la femelle pond sur les Pommiers (Malus domestica), les Poiriers (Pyrus communis), les Cerisiers (Prunus avium) et les Pruniers (Prunus).

Répartition et habitat

Le Cossus gâte-bois est largement répandu en Europe, et présent partout en France. On le rencontre dans divers milieux naturels, allant des forêts humides aux carrières bien exposées, en passant bien sûr par les jardins et les vergers, du moment qu’y poussent ses arbres de prédilection.

Étymologie

Le Cossus gâte-bois porte le nom scientifique Cossus cossus. Il n’y a hélas pas grand-chose à dire à ce sujet, le mot latin cossus signifiant tout simplement « ver du bois ». J’ajoute pour compléter que Cossus cossus est un exemple de tautonymie : le nom de genre et le nom d’espèce sont identiques, et ne se distinguent que par la présence d’une majuscule chez le premier. Cette manière de nommer les espèces n’est possible qu’au sein du règne animal, et est strictement proscrit dans la nomenclature botanique.
En français, on nomme cette espèce Cossus gâte-bois, ou bien tout simplement Cossus, ou encore Gâte-bois. Là encore il n’y a pas grand chose à expliciter, vous aurez deviné qu’il s’agit d’une référence au potentiel destructeur de la chenille !

Moyens de défense, prédateurs et parasites

Cachée dans ses galeries, la chenille du Cossus est bien protégée des prédateurs et des parasitoïdes. J’ignore d’ailleurs si elle possède des parasitoïdes dans nos contrées, car je n’ai trouvé aucune ressource fiable sur le sujet !
Lorsqu’elle est inquiétée, elle est capable de projeter un jet de liquide à odeur de vinaigre en direction de son ennemi, ou encore d’agiter ses mandibules de manière menaçante. Ses principaux ennemis sont les Pics (notamment le Pic épeiche, Dendrocopus major – photo ici de l’oiseau en action !) et autres oiseaux corticoles, capables de déloger les chenilles en détruisant leurs galeries. Lors de ses pérégrinations pré-nymphales, la chenille peut également être la proie d’autres animaux chassant plutôt au sol : Merle noir (Turdus merula) et autres grives, mais aussi petits et moyens mammifères.

Une chenille dangereuse ?

J’ignore si les jets cités ci-dessus sont acides et/ou dangereux, mais ses coups de mandibules peuvent faire mal. Il s’agit cela dit uniquement de moyens de défense, et par conséquent, la chenille laissée tranquille n’ira embêter personne.
En revanche, c’est pour les arbres que l’espèce peut être problématique. La présence d’un grand nombre de Cossus dans un même arbre peut causer un dessèchement de celui-ci, voire la mort pour certains fruitiers. Pour ces raisons, l’espèce est considérée comme nuisible par les forestiers et propriétaires de vergers, et des moyens de lutte sont employés pour éviter son expansion (pièges à phéromones, destruction des arbres habités…).

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Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • A. Lequet, Biologie et développement du Cossus gâte-bois
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Cossus cossus
  • Lepidoptera and their ecology : Cossus cossus
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Cossus cossus
  • Lépinet : Cossus cossus
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Cossus cossus
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships Among More Than 7700 Species : Cossus cossus

Dernière mise à jour de la page : août 2021