Le Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus)

Cette grosse chenille brune et noire à la pilosité bien développée fait partie des chenilles les plus fréquemment rencontrées au printemps… et les plus fréquemment confondues avec les chenilles processionnaires !

Reconnaître le Bombyx du chêne

Le bombyx du chêne.png

Cette jolie chenille se reconnaît à sa pilosité brune très fournie, entrecoupée de bandes noires entre les segments abdominaux. Sa tête est volumineuse et couverte de courtes soies. Sur les côtés, sa livrée grise est tachetée d’orange et traversée par une ligne de motifs blancs interrompus ; elle possède également des poils roussâtres à l’avant et à l’arrière du corps.
Confusion possible. La chenille du Bombyx du chêne peut être confondue avec celle du Bombyx du trèfle. Cette dernière lui ressemble beaucoup mais est plus rousse (voir photo comparative dans la Galerie photo plus bas !)

Cycle de vie

Chez beaucoup d’espèces de Lépidoptères, la femelle prend soin de pondre ses œufs sur une plante comestible pour sa progéniture, et suffisamment bien portante pour pouvoir supporter l’assaut des futures chenilles. Chez le Bombyx du chêne, il n’en est rien : en été, la femelle pond ses œufs directement en vol, au hasard dans la végétation. C’est donc aux chenilles, polyphages, de se débrouiller pour trouver leur nourriture. Après leur éclosion, qui a lieu aux alentours du mois d’août, les chenilles grandissent en se nourrissant de diverses plantes basses, puis hivernent à partir du mois d’octobre. Elles reprennent leur développement au printemps de l’année suivante, jusqu’à atteindre, vers juin-juillet, une longueur de 7 à 8 centimètres. Elles tissent ensuite un cocon ovoïde au sol ou dans la végétation, auquel elles incluent de petits poils urticants qui lui donnent l’aspect d’un kiwi miniature un peu allongé.
Les papillons émergent en été. À l’instar des autres Lasiocampidés, les imagos du Bombyx du chêne sont dépourvus de trompes fonctionnelles, et ne s’alimentent donc pas au stade adulte. Leur vie de papillon est par conséquent réservée exclusivement à la reproduction.
Le mâle possède des antennes pectinées qui lui permettent de capter les phéromones émises par les femelles vierges. Une seule femelle peut attirer plusieurs prétendants (Fabre, dans ses Souvenirs entomologiques, raconte avoir vu une soixantaine de mâles accourir dans son bureau pour féconder une femelle qui y avait émergé trois jours plus tôt !). Après l’accouplement, la femelle pond ses œufs puis meurt.

Plantes-hôtes

Très polyphage, la chenille du Bombyx du chêne se rencontre sur de nombreuses plantes ligneuses comme herbacées : le Prunellier (Prunus spinosa), les Aubépines (Crataegus), les Ronces (Rubus), les Myrtilles et Airelles (Vaccinium), les Genêts (Genista), les Bruyères (Erica), les Aulnes (Alnus), les Bouleaux (Betula), les Cornouillers (Cornus), le Noisetier (Corylus avellana), les Chèvrefeuilles (Lonicera), le Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), l’Argousier (Hippophae rhamnoides), les Saules (Salix) et les Peupliers (Populus), mais aussi le Lotier corniculé (Lotus corniculatus),  les Oseilles (Rumex) ou encore le Lierre (Hedera helix). 

Répartition

L’espèce est largement distribuée à travers l’Europe et jusqu’en Russie. En France, on peut la rencontrer partout. Elle fréquente les prairies buissonnantes, les boisements clairs, les bords de rivière, mais aussi les parcs et jardins.

Étymologie

Le Bombyx du chêne porte le nom scientifique Lasiocampa quercus. Lasiocampa est le genre type de la famille des Lasiocampidés, du grec lasios = « chevelu » et kampa = « larve »; c’est très littéralement la famille des papillons aux larves chevelues… il faut comprendre par là que leurs chenilles sont très velues !
Je n’ai pas mentionné, plus haut, le chêne parmi les plantes-hôtes du Bombyx du chêne. Selon certaines sources, on aurait donné à cette espèce l’épithète latin quercus non pas parce que la chenille se nourrit de chêne, mais parce que le cocon de soie qu’elle tisse aurait la forme d’un gland ! Cette hypothèse mériterait d’être confirmée, mais paraît plausible, puisque la chenille semble dédaigner les feuilles de chêne ; on pourrait également avancer que dans le cas contraire, le nom de l’espèce devrait être Lasiocampa querci et non quercus, à l’instar de son cousin le Bombyx du trèfle, Lasiocampa trifolii
Notre Bombyx porte également d’autres noms vernaculaires : on l’appelle aussi Minime à bandes jaunes, en référence à la livrée des mâles, qui rappellerait selon Fabre une robe monacale d’un roux modeste ; ou encore Bombyx du genêt, l’une de ses plantes-hôtes.

Moyens de défense, prédateurs et parasites

La chenille du Bombyx du chêne est recouverte d’une épaisse toison de poils, la rendant peu appétissante pour les prédateurs. Certains oiseaux peuvent passer outre leur pilosité : c’est notamment le cas du Coucou (Cuculus canorus), qui est bien connu pour se nourrir de chenilles processionnaires, qu’il secoue vivement pour les éviscérer avant de les avaler.
Cette chenille est également la proie de parasitoïdes, et notamment de mouches tachinaires (Tachinidés). Toutes n’utilisent pas la même stratégie :
– La mouche Pales pavida pond ses œufs sur le bord des feuilles dont les chenilles se nourrissent (on parle d’œufs microtypes) ; ces dernières les ingèrent accidentellement et se retrouvent alors parasitées. La larve du parasitoïde éclot dans l’intestin de la chenille et le traverse pour s’installer dans ses glandes séricigènes durant ses deux premiers stades de développement. Elle se met ensuite à consommer l’intérieur de la chenille, détruisant les tissus internes, en conservant intacts les organes vitaux pour garder son hôte en vie plus longtemps. Une fois son festin terminé, et son développement achevé, elle sort de la chenille en perçant sa peau puis se nymphose à proximité de sa dépouille. Une autre mouche, Phryno vetula, parasite de la même manière les chenilles, en pondant ses œufs minuscules et très résistants au bord des feuilles.
D’autres Tachinaires parasitent également le Bombyx du chêne : les mouches Phryxe nemea et P. heraclei pondent leurs œufs directement sur les chenilles (on parle d’œufs macrotypes, plus gros que les précédents). La chenille a un petit espoir d’échapper au parasitisme si elle mue rapidement, mais dans le cas contraire, l’œuf, collé à son tégument, éclot rapidement, et la larve du parasitoïde pénètre dans son corps. Elle s’y développe en consommant les parties non-vitales de la chenille, de la même manière que les précédentes.
Du côté des Hyménoptères, notre chenille a encore d’autres ennemis : les Ichneumons (Ichneumonidés). Chez ces insectes à l’apparence de fines guêpes, les femelles sont pourvues d’un long ovipositeur (organe de ponte) leur permettant d’injecter un ou plusieurs œufs directement à l’intérieur des chenilles. Plusieurs espèces se développent aux dépens du Bombyx du chêne : ont été recensés Pimpla rufipes, Ischnus migrator, Ophion minutus, Hyposoter orbator et H. ebeninus, Aritranis director ou encore Agrothereutes leucorhaeus, mais cette liste n’est sûrement pas exhaustive.

Bombyx du chêne victime d'un virus

Comme si cela ne suffisait pas, notre amie peut également être victime du virus NPV (virus de la polyédrose nucléaire). Les chenilles atteintes deviennent léthargiques puis molles (photo ci-contre), se liquéfiant de l’intérieur. Parfois, une déchirure dans la peau de la chenille laisse apercevoir un liquide brunâtre.

Une chenille dangereuse ?

Bien qu’elle ne soit généralement pas considérée comme dangereuse, cette chenille possède de petits poils aux propriétés urticantes qui peuvent provoquer, chez certaines personnes, des démangeaisons. Ce n’est pas une généralité, et il semblerait que ces réactions se déclenchent surtout chez les personnes à la peau sensible, ou sujettes aux allergies.
Si vous trouvez une chenille de Bombyx du chêne dans votre jardin, et que vous vous inquiétez pour vos enfants ou vos animaux domestiques, pas de panique : pas la peine de sortir le lance flamme ! Il n’y a aucun risque du moment qu’on ne touche pas directement la chenille. Vous pouvez délicatement la déplacer à l’aide d’une cuillère à soupe et d’un petit récipient, pour aller la déposer plus loin.
Mon expérience personnelle : J’ai été amenée plusieurs fois à manipuler à main nue des chenilles de Bombyx du chêne à divers stades de développement, et je n’ai pas eu de réactions cutanées. Cependant, je garde un mauvais souvenir d’un cocon de Bombyx du chêne qui m’avait laissé de petits poils au bout des doigts. J’ai eu des démangeaisons tout à fait comparables à celles causées par les piqures de moustiques, et elles ont disparu en deux ou trois jours.

Galerie photos

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan 
  • S. Grenier, G. Liljesthröm, Préférences parasitaires et particularités biologiques des Tachinaires (Diptera Tachinidae), Bulletin de la Société Linnéenne de Lyon, 1991, pp. 128-141
  • J-L. Rivière, Données sur la morphologie et l’anatomie larvaire de Pales pavida Meigen [Dipt. Tachinidae], Bulletin de la Société entomologique de France, 1974, pp. 9-14.
  • G. Bonnot, B. Delobel, S. Grenier, Élevage, croissance et développement de Phryxes caudata (Diptera, Tachinidae) sur son hôte de substitution Galleria mellonella (Lepidoptera, Pyralidae) et sur milieu artificiel, Publications de la Société Linnéenne de Lyon, 1984, pp. 313-320
  • A. Lequet, Biologie et développement du Bombyx du chêne
  • Lepidoptera and their ecology : Lasiocampa quercus
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Lasiocampa quercus
  • Lépinet : Lasiocampa quercus
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Lasiocampa quercus
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships Among More Than 7700 Species : Lasiocampa quercus
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Lasiocampa quercus 

Dernière mise à jour de la page : juin 2021