La Laineuse du Cerisier (Eriogaster lanestris)

Vers la fin du mois d’avril, dans les haies champêtres, on peut observer de curieuses chenilles velues regroupées dans une grande toile de soie blanche. Cette volumineuse construction est la demeure communautaire des chenilles du Bombyx laineux, aussi appelé Laineuse du Cerisier (Eriogaster lanestris).

Reconnaître la Laineuse du Cerisier

Nouvelle version de la fiche à venir bientôt… un peu de patience 🙂

La chenille de la Laineuse du Cerisier change quelque peu d’aspect au cours de son développement. Les jeunes chenilles, d’un noir bleuté, portent de longues soies blanches éparses. On peut déjà les reconnaître à leurs fausses-pattes orangées, puis, à partir du second stade larvaire, à leur ligne latérale de motifs formant une sorte de chaîne de U blancs.
Au troisième stade, deux paires de petites touffes de courts poils orangés viennent orner le dessus du deuxième et du troisième segment thoracique. Ces touffes de poils, à partir du quatrième stade, s’étendent toujours par paire jusqu’au 9ème segment abdominal, couvrant alors tout le dessus du corps.

Confusions possibles. On peut confondre les jeunes chenilles de la Laineuse du Cerisier avec celles de la Laineuse du Prunellier (Eriogaster catax), plus rare et protégée sur tout le territoire français. L’un des critères pour les différencier est la forme des motifs latéraux des chenilles : chez la Laineuse du Cerisier, ils prennent la forme de U, alors que chez celle du Prunellier, ils forment plutôt une ligne de pointillés. Au dernier stade, la Laineuse du Prunellier possède de longues touffes de soies grisâtres sur le dessus du corps, et des motifs bleuâtres sur les côtés, qui sont absents chez celle du cerisier.
La Laineuse du Prunellier est également plus précoce : les œufs, pondus à la fin de l’été, éclosent vers la mi-mars de l’année suivante, alors que les œufs de la Laineuse du Cerisier sont pondus à la fin de l’hiver et éclosent vers la mi-avril. En Ardèche, le 25 avril 2021, nous avons pu observer sur le même site un nid de Laineuses du Cerisier tout juste sorties de l’œuf, et des Laineuses du Prunellier au dernier stade de développement.

Cycle de vie

À la fin de l’hiver, vers fin-février ou début mars, la femelle Laineuse du Cerisier pond ses œufs sur la branche d’un arbuste, souvent une Aubépine ou un Prunellier. En mère attentionnée, elle prend soin de recouvrir sa ponte, constituée d’environ 300 œufs, d’une petite couverture de laine constituée des poils qu’elle porte au bout de l’abdomen. Ainsi recouverte, la ponte prend l’aspect d’une touffe de poils abandonnés sur une branche, et se trouve abritée du froid et des intempéries.
Deux à quatre semaines plus tard en fonction des conditions météo, les petites chenilles éclosent, et ne tardent pas à se mettre à l’ouvrage : ensemble, elles tissent une grande toile de soie qui peut atteindre 30 cm de long, et autour de laquelle elles passeront l’essentiel de leur vie de chenille. Ce « nid » leur permet à la fois de s’abriter des prédateurs et de se réchauffer lorsque les conditions climatiques sont mauvaises. La journée, les chenilles restent groupées sur le dessus de la toile pour se réchauffer au soleil, puis se réfugient rapidement à l’intérieur au moindre danger. Lorsqu’elles vont se nourrir, elles laissent derrière elles une petite piste de soie, qui indique aux chenilles suivantes le chemin à suivre pour trouver des feuilles fraiches. Elles se regroupent également sur la toile au moment de muer, et y abandonnent leurs exuvies (dépouilles issues de la mue).
Au dernier stade larvaire, les chenilles s’émancipent et quittent la toile pour terminer leur développement seules. Elles peuvent alors se disperser dans la végétation et se nourrir du feuillage d’autres arbustes.
Au mois de juin, lorsque l’heure de la nymphose approche, elles descendent au niveau du sol et tissent un cocon de soie très dur et épais dont la forme rappelle un peu celle d’un gros tictac, puis se métamorphosent à l’intérieur. Ce cocon est muni de deux pores minuscules mais bien visibles, permettant la bonne circulation de l’air autour de la chrysalide. La chrysalide demeure ainsi protégée durant tout l’automne et l’hiver. Il est fréquent que les chrysalides diapausent durant plusieurs saisons : parfois, les papillons n’émergent pas avant deux années voire plus, la plus longue diapause observée ayant duré 7 ans !
À l’instar des autres espèces de la famille des Lasiocampidés, les Laineuses adultes ne possèdent pas de trompe fonctionnelle et sont donc incapables de se nourrir. Leur durée de vie à ce stade est très limitée : de l’ordre d’un jour ou deux pour les femelles, qui se reproduisent peu de temps après avoir émergé, pondent leurs œufs, puis meurent.

Plantes-hôtes

Les œufs de la Laineuse du cerisier sont le plus souvent pondus sur les Aubépines (Crataegus), les Prunelliers (Prunus spinosa), ou parfois sur d’autres Rosacées cultivées (dont les Cerisiers). Sont également mentionnés les Bouleaux (Betula), les Saules (Salix), les Sorbiers (Sorbus), les Ormes (Ulmus) et les Tilleuls (Tillia).

Répartition

Cette espèce est répandue dans une grande partie de l’Europe, de la péninsule ibérique au sud de la Russie, à l’exception de la partie sud du bassin méditerranéen.
En France, on peut la rencontrer à peu près partout, mais elle a connu un déclin significatif au cours de ces dernières décennies. Ses milieux de prédilection sont les haies non taillées et bien exposées au bord des pelouses sèches, des champs et des prairies, des routes ou même des jardins.

Étymologie

Le nom de genre Eriogaster dérive de la combinaison de deux mots grecs : « ἔριον » (erio) signifiant « laine » et « γαστήρ » (gaster) signifiant « ventre », en référence à la bourre de poils abdominaux que la femelle dépose sur ses œufs. Le nom d’espèce lanestris signifie en latin « de laine ». Eriogaster lanestris signifie donc littéralement ventre laineux de laine.
Son nom français de « Laineuse » reprend cette idée ; on le désigne également sous le nom de Bombyx laineux.

Avantages et inconvénients de la vie en société

En France, les chenilles de plusieurs espèces de Lépidoptères vivent en groupe dans des toiles de soie : la Livrée des arbres, le Bombyx cul-brun, le Gazé, les Hyponomeutes… Chez la Laineuse du Cerisier, la toile de soie est indispensable au bon développement des chenilles. Elle leur permet d’augmenter leur température corporelle, en faisant office de solarium lorsque le ciel est dégagé, ou en les protégeant du froid et de la pluie lorsque les conditions météorologiques sont plus rudes. À l’intérieur de la toile, les chenilles se réchauffent en bougeant et en s’agglutinant les unes contre les autres. Elles peuvent ainsi augmenter leur température de 2 à 3 degrés supplémentaires par rapport à la température des chenilles à l’extérieur. Cette toile de soie est également une protection contre les prédateurs. En cas de danger, les chenilles qui se trouvent sur le dessus se dispersent et regagnent l’intérieur de leur toile ; elles deviennent alors difficilement accessibles pour les prédateurs.
Ce mode de vie présente en revanche un désavantage évident : les toiles de soie, de couleur blanche, se repèrent aisément dans le paysage, et peuvent attirer l’attention des prédateurs.

Moyens de défense, prédateurs et parasites

Les chenilles de la Laineuse du Cerisier sont la proie de divers arthropodes. Aux premiers stades larvaires, les fourmis, punaises, coléoptères et araignées peuvent s’en nourrir. Lorsque la colonie de chenilles est décimée par des invertébrés avant qu’elles aient pu construire leur toile, les individus survivants peuvent se retrouver condamnés, n’étant pas assez nombreux pour construire une toile suffisamment solide.
Les oiseaux peuvent également se nourrir des chenilles plus âgées, en déchirant la soie de la toile pour accéder à l’intérieur. Les toiles endommagées par les oiseaux peuvent être réparées par les chenilles survivantes.
À partir du 4ème stade larvaire, les Laineuses du Cerisier possèdent des touffes de courts poils roux urticants.

Une chenille dangereuse ?

Par son mode de vie grégaire et le grand nid de soie qu’elle tisse, cette espèce est parfois confondue avec les chenilles processionnaires, avec lesquelles elle n’a pourtant rien à voir. La découverte d’un tel nid dans les jardins des particuliers a malheureusement parfois comme issue la destruction de l’édifice par le feu, condamnant les chenilles pourtant inoffensives.
Les chenilles de la Laineuse du Cerisier développent, aux deux derniers stades larvaires, des poils urticants dont la fonction est de repousser les prédateurs. Des réactions cutanées ont déjà été observées chez des personnes ayant manipulé les chenilles à mains nues : les poils urticants peuvent causer des irritations et des démangeaisons, localisées sur les parties du corps ayant été en contact avec les chenilles. Les symptômes s’atténuent généralement rapidement et disparaissent en l’espace d’une semaine.
Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres aux poils urticants ; pour ma part, je n’ai jamais eu de réactions cutanées en manipulant des chenilles de Laineuse du Cerisier, même au dernier stade larvaire. Par précaution, il vaut mieux cependant éviter de toucher les chenilles à main nue.
Si vous trouvez un nid de Laineuse du Cerisier dans votre jardin, pas de panique : ces chenilles ne sont pas dangereuses si on les laisse tranquilles, et vous ne courez aucun risque en les observant. Elles intéressent peu les animaux domestiques et sont peu accessibles pour ces derniers, puisque les nids sont généralement situés à plus d’un mètre de hauteur et que les chenilles ne font pas de processions au sol.

Galerie photos

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • A. Lequet, Biologie et développement de la Laineuse du cerisier
  • C. Ruf, K. Fiedler, Thermal Gains Through Collective Metabolic Heat Production in Social Caterpillars of Eriogaster lanestris . Naturwissenschaften 87, 193–196 (2000)
  • C. Ruf, J.T. Costa & K. Fiedler, Trail-Based Communication in Social Caterpillars of Eriogaster lanestris (Lepidoptera: Lasiocampidae). Journal of Insect Behavior 14, 231–245 (2001).
  • ¹ C. Ruf, K. Fiedler. Colony survivorship of social caterpillars in the field: A case study of the small eggar moth (Lepidoptera: Lasiocampidae). Journal of Research on the Lepidoptera, 38, 15-25 (2005).
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Eriogaster lanestris
  • Lepidoptera and their ecology : Eriogaster lanestris
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Eriogaster lanestris 
  • Lépinet : Eriogaster lanestris
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Eriogaster lanestris

Dernière mise à jour de la page : avril 2021