La Noctuelle de la Patience (Acronicta rumicis)

La Noctuelle de la Patience ne doit pas son nom à sa faculté à attendre, mais à certaines de ses plantes-hôtes, les Patiences ou Oseilles (Rumex en latin), d’où son nom latin Acronicta rumicis. C’est une chenille plutôt commune que l’on rencontre sur de nombreuses plantes basses.

Reconnaître la Noctuelle de la patience

La noctuelle de la patience

La chenille de la Noctuelle de la Patience est généralement de couleur brune, mais certainsTrois chenilles individus peuvent être particulièrement sombres ou très clairs. Son dos et ses flancs sont ponctués de touffes de soies orangées et brunes, plus denses sur l’avant du corps. Elle possède sur les côtés une épaisse bande blanche, plus ou moins continue et maculée de points rouges. Le dessus de la chenille est parcouru d’une rangée de points rouges entourés par deux rangées de points blancs. Sa tête est sombre, souvent rentrée dans le premier segment du thorax, ce qui lui donne un aspect « bossu ».
Confusion possible : La chenille de la Noctuelle de la Patience peut être confondue avec celles du Bombyx cul-doré et du Bombyx cul-brun. Le visuel ci-contre (disponible plus bas en meilleure résolution) peut vous aider à les différencier. 

Cycle de vie

En France, la Noctuelle de la Patience peut connaître une, deux voire trois générations annuelles (en Chine, où l’espèce peut générer des nuisances dans les cultures, jusqu’à 4 générations ont pu être observées !). Au printemps, vers le mois de mai, ou bien en été, aux alentours du mois d’août, la femelle dépose sur les feuilles quelques un de ses œufs, en ligne au milieu d’une feuille. De forme ronde et plate, ils possèdent des lignes roses partant du centre vers les extrémités, rappelant les motifs d’un coquillage (voir photo ici). Au total, une seule femelle peut pondre jusqu’à 500 œufs. Leur incubation est relativement rapide : environ une semaine après avoir été pondus, ils donnent naissance à de minuscules chenilles déjà velues. Après avoir consommé le chorion (l’enveloppe) de leur œuf, elles se dispersent dans la végétation et commencent leur croissance. Au cours de leur développement, elles se nourrissent de diverses plantes basses ou ligneuses. La journée, elles restent immobiles sur leur plante-hôte, ne cherchant pas spécialement à se cacher. Au printemps et en été, leur développement est très rapide : en 20 à 30 jours, elles peuvent atteindre le terme de leur développement. Elles tissent alors, dans la végétation basse ou dans la litière, un cocon de soie blanchâtre mêlé de poils, et se nymphosent à l’intérieur. L’émergence des imagos (adultes) a lieu en août, ou bien en avril/mai pour la deuxième génération, qui passe l’hiver au stade nymphal. 

Plantes-hôtes

Très polyphage, cette chenille se nourrit sur de nombreuses espèces ligneuses et herbacées : citons, parmi d’autres, les Aubépines (Crataegus), les Saules (Salix),  les Pommiers (Malus), les Érables (Acer), les Rosiers sauvages et cultivés (Rosa), les Aulnes (Alnus), les Bouleaux (Betula), mais aussi les Potentilles (Potentilla), les Chardons (Cirsium et Carduus), les Ronces (Rubus), les Orties (Urtica), les Trèfles (Trifolium), les Plantains (Plantago), les Pissenlits (Taraxacum), les Renouées (dont la Renouée du japon, Reynoutria japonica) et bien évidemment les Patiences (Rumex). Liste non exhaustive, car la chenille est véritablement polyphage !

Répartition et habitat

Cette espèce est largement répandue à travers toute l’Europe, en partant du Nord de l’Afrique jusqu’au Japon et à une partie de l’Asie. En France, elle est commune partout.
On la rencontre dans divers milieux ouverts : prairies, jardins, lisières forestières… Elle est relativement peu exigeante en terme d’habitat. 

Étymologie

Le nom scientifique de la Noctuelle de la Patience est Acronicta rumicis. Le genre Acronicta regroupe plus de 150 espèces de Noctuidés dans le monde, dont une douzaine en France. Ce nom de genre vient des mots grecs akros (ἄκρος) signifiant « sommet, extrémité » et nox (νύξ) signifiant « nuit », en référence au crépuscule, et plus largement à l’activité nocturne des papillons dits « de nuit ». L’épithète spécifique rumicis se rapporte quant à lui tout simplement aux Patiences, en latin rumex
En français, on nomme également cette espèce la Cendrée noirâtre, en référence à la couleur des ailes des papillons. Les anglophones l’appellent Knot-grass moth, soit « papillon (de nuit) des Renouées », car les chenilles se nourrissent notamment de Polygonacées.

Moyens de défense, prédateurs et parasites

La pilosité de cette chenille la protège en théorie de nombreux prédateurs et notamment des oiseaux, aux yeux desquels elle apparaît peu appétissante. Elle reste cependant une proie appétissante pour de nombreux insectes ! 
Certaines guêpes fouisseuses capturent les chenilles de cette Noctuelle pour les paralyser et les offrir en repas à leur larve. La plus connue est sûrement l’Ammophile des sables (Ammophila sabulosa), qui peut transporter facilement les chenilles grâce à ses longues pattes, pour les amener à l’intérieur de sa galerie. Vous pouvez la voir en action en consultant cette page
La chenille de la Noctuelle de la Patience peut également être l’hôte des larves de divers insectes parasitoïdes.
Plusieurs Hyménoptères de la famille des Braconidés peuvent la parasiter : Glyptapanteles liparidis dépose plusieurs œufs à l’intérieur du corps de son hôte, et ses larves, grégaires, se développent à l’intérieur de son corps. D’autres espèces au sein des genres Microplitis et Diadegma pondent un unique œuf dans leur hôte, et la larve se développe isolément. 
Du côté des Diptères, la mouche Tachinaire Compsilura concinnata, ovovivipare, dépose directement une (ou parfois plusieurs) larve à l’intérieur du corps des chenilles. Au total, elle peut déposer une centaine de larves, et potentiellement parasiter tout autant de chenilles. Son développement est très rapide, de l’ordre de 10 à 15 jours, et aboutit à la mort de la chenille lorsque la larve quitte son hôte pour se nymphoser. D’autres Tachinaires du genre Exorista déposent quant à elles leur œuf sur le corps de la chenille, et c’est la larve qui pénètre d’elle-même à l’intérieur de son corps. 

Dans la vidéo suivante, vous pouvez observer une chenille de Noctuelle de la Patience, parasitée probablement par des larves de Braconidés. La chenille était déjà morte au moment où la vidéo a été filmée. 

Une chenille dangereuse ?

Non. Elle n’est pas dangereuse pour l’homme ou les animaux domestiques, et n’est pas nuisible pour les plantes du jardin. Si vous trouvez une chenille de Noctuelle de la Patience en train de se nourrir d’une plante que vous souhaitez préserver, vous pouvez la déplacer en dehors de votre jardin à l’aide d’une petite cuillère et d’un récipient.
Par précaution, si vous avez la peau sensible, évitez de toucher à main nue une chenille que vous n’avez pas identifiée avec certitude. 

Galerie photos (Cliquez sur les photos pour les afficher en grand !)

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • CHO, Y., KWON, O., & NAM, S.-H. (2006). Ecological and morphological characteristics of the endoparasitoids of larval Acronicta rumicis (Lepidoptera: Noctuidae). Entomological Research, 36(4), 208–215. 
  • CHO, Y.-H., NAM, S.-H., & KWON, O. (2006). Interaction of Acronicta rumicis (Lepidoptera: Noctuidae) and its larval parasitoid, Glyptapanteles liparidis (Hymenoptera: Ichneumonidae). Entomological Research, 36(2), 79–84.
  • Hu, M., & Qi, M. L. (1993). The morphology and behaviour of Acronicta rumicis L. Entomological Knowledge30(2), 95-96.
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Acronicta rumicis
  • Lepidoptera and their ecology : Acronicta rumicis
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Acronicta rumicis
  • Lépinet : Acronicta rumicis 
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Acronicta rumicis
  • Zoonymie de la Noctuelle de la Patience par Jean-Yves Cordier

Photographies libres de droits utilisées :
– Chenille de Noctuelle de la Patience (utilisée pour la fiche d’identification) d’après une photographie de Yersinia pestis sur Flickr;
– Imago d’après une photographie de Wim Rubers sur Wikimedia commons.

Dernière mise à jour de la page : août 2021