L’Écaille martre (Arctia caja)

Autrefois très commune en France, l’Écaille martre (Arctia caja) a connu, comme beaucoup d’autres espèces, une nette régression au cours des dernières décennies. Sa chenille velue, parfois confondue à tort avec ses très lointaines cousines processionnaires, se rencontre au printemps et en été dans les jardins ou au bord des chemins de campagne.

Reconnaître l’Écaille martre

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La chenille de l’Écaille martre est noire et rousse, avec de très longs poils blancs sur le dessus et des touffes de soies rousses sur les côtés, plus claires, partant d’une petite verrue blanche. Sa tête est noire, relativement petite par rapport au reste de son corps, et luisante. C’est une chenille vive, qui peut se déplacer rapidement, et qui se roule en boule lorsqu’elle est dérangée.
Elle atteint généralement, au terme de son développement, la taille de 6 cm, voire 8 cm chez les femelles.

Cycle de vie

C’est en été, aux alentours du mois de juillet, que Madame Écaille martre pond ses œufs. Elle choisit généralement l’envers de la feuille d’une plante basse pour déposer côte à côte ses quelques centaines de petites billes jaunâtres à vert clair. Au bout de quelques semaines, les chenilles minuscules sortent de leur œuf. Elles peuvent rester regroupées lors des premiers stades larvaires, mais ne tardent pas à se disperser.
Les chenilles de l’Écaille martre sont polyphages : elles se nourrissent d’un grand nombre de plantes ligneuses comme herbacées, et peuvent passer d’une plante à l’autre au cours de leur développement. Elles grandissent jusqu’en automne, se nourrissant alors plutôt sur la végétation ligneuse, puis hibernent à l’état de jeune chenille. Au printemps suivant, elles reprennent leur activité, plutôt sur les plantes basses, jusqu’au mois de mai ou de juin. Lorsqu’elles sont arrivées au terme de leur développement, elles tissent un petit cocon de soie assez fin au sol, dans la litière, et s’y nymphosent. De leur chrysalide émerge quelques semaines plus tard un papillon tout neuf, prêt à se reproduire.
En France, l’Écaille martre ne connaît qu’une génération par an.

Plantes-hôtes

Figurent parmi ses nombreuses plantes-hôtes : les Pissenlits (Taraxacum), les Trèfles (Trifolium), les Lamiers (Lamium), les Plantains (Plantago), les Achillées (Achillea), les Orpins (Sedum), la Reine-des-Prés et autres Filipendula, les Orties (Urtica), la Rhubarbe (Rheum palpatum), les Fraisiers (Fragaria), les Allium, ainsi que certaines graminées. Du côté des ligneux, elle se nourrit de Bouleaux (Betula), de Saules (Salix), de Peupliers (Populus), de Ronces (Rubus), de Spirées (Spiraea), d’Aubépines (Crataegus), de Sorbiers (Sorbus), ou encore d’arbres fruitiers : Pommiers (Malus domestica), Pruniers (Prunus), Groseillers (Ribes). Vous l’aurez compris, la chenille est très polyphage, et cette liste est loin d’être exhaustive.

Répartition

L’Écaille martre est largement répandue en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. En dépit de la régression de ses effectifs, on peut encore la rencontrer partout en France jusqu’à 2500 mètres d’altitude.

Comment rencontrer cette chenille ?

Étant donné son régime alimentaire, cette chenille peut se rencontrer pratiquement n’importe où, aussi bien en forêt qu’en milieu ouvert, et même en altitude. Par conséquent elle n’est pas difficile à trouver et fait partie des chenilles « communes », y compris dans les jardins. C’est souvent lorsqu’elle a terminé son développement larvaire et qu’elle explore les environs à la recherche d’un coin tranquille pour la nymphose qu’on peut l’observer, traversant à toute allure les routes et chemins de campagne.

Étymologie

L’Écaille martre est l’espèce type de son genre, Arctia, qui vient du latin arctos = ours en référence à la forte pilosité de la chenille. Les anglais la nomment woolly bear, littéralement ours laineux – ce surnom désigne toutefois, outre-atlantique, la chenille d’une autre Écaille : l’Isia Isabelle (Pyrrharctia isabella). Quand à son épithète latin caja, il viendrait du grec χαίω signifiant « brûlant ». Non pas en référence à la sensation de brûlure que pourrait provoquer la chenille, inoffensive, mais aux couleurs vives des ailes postérieures du papillon, qu’il révèle lorsqu’il est dérangé.
Quand à son nom vernaculaire « Écaille martre » (parfois orthographié « Écaille marte »), on peut supposer qu’il fait référence aux couleurs des ailes antérieures du papillon, brun clair et beige, rappelant le pelage de la Martre des pins (Martes martes). En France, on surnomme également cette chenille Écaille hérissonne.

Moyens de défense, prédateurs et parasites

Comme de nombreuses autres chenilles, celle de l’Écaille martre se roule en boule à la manière d’un hérisson lorsqu’elle est inquiétée. De cette manière, elle laisse peu de prise à un potentiel prédateur. C’est également, comme les autres écailles, une très bonne coureuse : J-F. Aubert relate dans Papillons d’Europe qu’elle peut atteindre la vitesse de 4 mètres à la minute, soit 240 mètres à l’heure. Pas mal, pour une chenille !
L’adulte possède également un moyen de défense intéressant. Au repos, le papillon de l’Écaille martre ne laisse apparaître que ses ailes antérieures, d’un beige ivoire maculé de brun. Lorsqu’il se sent agressé, il montre alors ses ailes postérieures, rouges à pois noir bleuté : la couleur vive et inattendue est sensée surprendre et repousser l’éventuel prédateur. Si cela ne suffit pas, le papillon baisse sa tête et fait perler de son thorax quelques gouttelettes d’un liquide malodorant, dont le goût est sans doute tout aussi désagréable. Avec ses couleurs aposématiques (avertissant les prédateurs de sa toxicité) et sa mauvaise odeur, l’Écaille martre fait ainsi comprendre à son prédateur qu’elle n’est pas bonne à manger.

Ces stratégies ne cependant pas toujours efficaces. À l’état de chenille, l’Écaille martre possède de nombreux parasites. Dans Papillons d’Europe toujours, Aubert raconte que sur 55 chenilles de cette espèce récoltées dans la nature, 30 se sont révélées parasitées par des mouches Tachinaires. Outre les Diptères, les Hyménoptères parasitoïdes apprécient également les chenilles de notre écaille, que la longue toison de poils ne suffit pas toujours à protéger.

Une chenille dangereuse ?

Il ne s’agit pas d’une chenille urticante : elle peut être manipulée à main nue avec précautions. Pour autant, il vaut mieux éviter de la caresser ou de la compresser, au risque de se retrouver avec de petits poils dans les doigts. C’est ce qui m’est arrivé il y a quelques années, quand j’ai voulu m’assurer de l’absence de potentiel urticant de cette chenille. Les petits poils noirs n’ont pas provoqué de brûlure ou de démangeaison, et sont tombés d’eux-mêmes.
Cependant, je ne peux garantir que ces poils ne sont pas susceptibles de provoquer des démangeaisons chez les personnes sensibles ou allergiques. Dans le doute, abstenez vous de la manipuler si ce n’est pas nécessaire, et utilisez la feuille d’un arbre ou une petite cuillère si vous avez besoin de la déplacer. Elle n’est pas non plus dangereuse pour les chiens (en revanche, la réciproque n’est pas impossible !).

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Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • A. Lequet, Biologie et développement de l’Écaille martre (sur son site internet ou en PDF dans la revue Insectes)
  • Lepidoptera and their ecology : Arctia caja
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Arctia caja
  • Lépinet : Arctia caja
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Arctia caja

Dernière mise à jour de la page : août 2021