Que mange une chenille ?

Les chenilles sont quasi-exclusivement phytophages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de végétaux. Ce n’est pas pour autant qu’elles peuvent manger tous les végétaux ! En réalité, la plupart des espèces de chenilles sont liées à une où plusieurs plantes, que l’on appelle plante-hôte ou plante nourricière. C’est la plante sur laquelle l’imago va pondre ses œufs, et que consommeront les chenilles de leur naissance à leur nymphose.

  • Monophage, oligophage ou polyphage ?

Aglais io

 

Certaines espèces sont strictement monophages, c’est-à-dire qu’elles n’acceptent de se nourrir que d’une seule plante. C’est le cas du Paon du jour (Aglais io) en photo ci-contre, qui ne se nourrit que sur les Orties.

 

Ethmia bipunctella (1).pngD’autres espèces ne se nourrissent que d’un nombre limité de plantes, souvent très proches ou appartenant à la même famille botanique : on dit qu’elles sont oligophages (oligos, en grec, signifie « peu abondant »). C’est le cas de la chenille d’Ethmia bipunctella, petit hétérocère dont la larve se nourrit sur la photo ci-contre de Vipérine, mais qui accepte aussi d’autres plantes de la famille des Boraginacées.

Arctia caja (4)Enfin, d’autres espèces sont moins difficiles et peuvent se nourrir de diverses plantes ligneuses (arbres) ou herbacées (plantes basses) : on dit alors qu’elles sont polyphages. La chenille de l’Écaille martre (Arctia caja) est ainsi réputée pour se nourrir de tout un tas de plantes différentes, ce qui facilite grandement son élevage.

De manière générale, en l’absence de leur plante-hôte, les chenilles préfèrent mourir de faim plutôt que de consommer une autre plante.

  • Aliments consommés

La plupart des chenilles se nourrissent de feuilles et de fleurs, mais certaines espèces peuvent également consommer des mousses ou des lichens, comme la Boarmie des lichens (Cleorodes lichenaria) dont la chenille et l’imago sont difficiles à repérer tant ils sont mimétiques. D’autres espèces encore se nourrissent de l’aubier des arbres, comme le Cossus gâte-bois (Cossus cossus) ou la Zeuzère du poirier (Zeuzera pyrina).

Citons également les bien connues mites alimentaires ou Pyrales de la farine (Ephestia kuehniella), redoutées dans les placards des cuisines, et dont les chenilles se nourrissent de farines, de céréales et d’autres produits végétaux secs. Les chenilles des mites des vêtements (Tineola bisselliella) quant à elles consomment la kératine que l’on retrouve dans les plumes et les poils. Dans la nature, on peut les retrouver dans les nids d’oiseaux, où elles dégradent des éléments difficilement décomposables ; en revanche, dans les domiciles, elles sont susceptibles de dégrader les textiles.

Si la phytophagie est généralement la règle chez les chenilles de lépidoptères, certaines PIC_7144 - Copie.JPGespèces sont connues pour consommer autre chose que des plantes… C’est notamment le cas de certaines chenilles de la famille des Noctuidae, comme le Trapèze (Cosmia trapezina). Cette dernière est réputée pour consommer sans gêne des chenilles parfois plus grosses qu’elle. Ci-contre, cette chenille trouvée sur un Rumex a d’abord mangé la congénère de son espèce avec laquelle je l’avais installée dans une boîte, puis a dévoré une chenille de Pyrale du buis que j’avais introduite dans sa boîte « pour l’expérience ».

Ailleurs dans le monde, d’autres espèces sont connues pour se nourrir d’insectes, d’une manière bien plus spectaculaire : je pense en particulier aux eupithécies (de la famille des Géométridés) endémiques d’Hawaï. Grâce à leur impressionnant camouflage et à leurs pattes très développées, elles capturent leurs proies par surprise en se repliant sur elles et en les saisissant.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, il s’agit d’Eupithecia orichlorisE. staurophragma, E. scoriodes et E. monticolens – liste non exhaustive !

Pour en savoir plus :
Un petit article de la revue Insectes au sujet des chenilles consommant des lichens.
Une étude de cas (en anglais) réalisée par l’université du Wisconsin au sujet des réactions cannibales des chenilles de Spodoptera exigua en réponse à la pulvérisation de méthyl jasmonate sur les feuilles de leur plante-hôte.
Un article (en anglais) sur les chenilles carnivores hawaïennes.