Le Paon du jour (Aglais io)

Le Paon du jour (Aglais io) fait partie des quelques espèces françaises de la famille des Nymphalidés que l’on rencontre exclusivement sur les Orties. Ses chenilles sont faciles à repérer dans les massifs d’Ortie, où elles passent une grande partie de leur stade larvaire en groupe.

Reconnaître le Paon du jour

3.pngCette chenille est presque impossible à confondre avec d’autres espèces françaises : son corps est d’un noir profond constellé de blanc, et ses pattes abdominales sont orangées. Les jeunes chenilles peuvent cependant être confondues avec celles de la Petite tortue (Aglais urticae), qui se développent également sur les Orties, mais ces dernières sont moins sombres et acquièrent des motifs jaunes en grandissant.

Cycle de vie

Dans nos contrées, le Paon du jour produit deux générations par an, parfois une troisième génération partielle dans le Sud de la France. La femelle dépose en tas quelques dizaines d’œufs sur le revers des feuilles d’Ortie. Ils éclosent après 1 à 3 semaines d’incubation. Les jeunes chenilles consomment le chorion (l’enveloppe) de leur œuf, puis s’attaquent aux feuilles de leur plante-hôte. Ensemble, elles tissent une toile de soie assez sommaire au sommet d’un pied d’Ortie, et s’y tiennent regroupées durant les trois premiers stades larvaires. Au-delà, elles se dispersent dans les Orties des alentours, restant toujours plus ou moins groupées.
Au moment de la nymphose, elle s’écartent du groupe et se mettent à la recherche d’un endroit favorable pour s’installer : elles peuvent alors parcourir plusieurs mètres, traversant les routes et les chemins. La chenille se suspend ensuite la tête en bas à une tige, une branche ou un mur pour se nymphoser. La chrysalide délivre un papillon environ 2 semaines plus tard, en fonction des températures.

Plantes-hôtes

Le Paon du jour dépose uniquement ses œufs sur les Orties, et tout particulièrement l’Ortie dioïque (Urtica dioica). Le Houblon (Humulus lupulus) est également mentionné comme plante-hôte occasionnelle.

Répartition et habitat

On rencontre ce papillon dans une vaste partie de l’Europe tempérée et en Asie jusqu’au Japon jusqu’à 1500 mètres d’altitude environ. En France, il est présent partout.
Le papillon peut être rencontré dans des milieux très variés : lisières forestières ou forêts claires, prairies, parcs et jardins… En revanche, la femelle choisit toujours pour déposer ses œufs un massif bien ensoleillé.

Étymologie

Le Paon du jour porte le nom scientifique Aglais io. Le nom de genre Aglais vient du grec ancien Aglaḯa (Ἀγλαΐα) signifiant « splendeur », « beauté », « brillance », sans doute en référence à la beauté des motifs des ailes des papillons de ce genre. Son nom d’espèce io trouve son origine dans la mythologie grecque, auprès d’Io (Ἰώ), fille du dieu fleuve Inachos ancêtre de nombreux héros. Le Paon du jour était d’ailleurs autrefois classé dans le genre Inachis !
Son nom vernaculaire fait référence à la ressemblance de ses ocelles (taches circulaires ressemblant à des yeux) avec les ocelles présents sur la queue des Paons (Pavo cristatus). Chez l’oiseau comme chez le papillon, ces motifs ont pour usage de surprendre les prédateurs, pensant faire face au regard d’une créature bien plus imposante. 

D'autres papillons de nos contrées portent un nom lié à cet oiseau : le Petit paon de nuit (Saturnia pavonia) et le Grand paon de nuit (S. pyri). Ces deux grands papillons de nuit portent sur leurs ailes deux paires d'ocelles évoquant de grands yeux écarquillés. Un troisième papillon nocturne, le Sphinx demi-paon (Smerinthus ocellata) porte lui aussi une paire d'ocelles sur les ailes postérieures. Cachées au repos par ses ailes supérieures, il ne les dévoile que lorsqu'il est inquiété, créant ainsi un effet de surprise chez son prédateur.

Moyens de défense, prédateurs et parasites

Les chenilles du Paon du jour passent difficilement inaperçues dans les massifs d’Orties, et sont à peu près sans défense face aux prédateurs : les petites épines qui couvrent leur corps ne sont pas urticantes. Tout au plus peuvent elles gigoter un peu ou se laisser tomber au sol à l’approche d’un prédateur. Les plus téméraires iront jusqu’à régurgiter ce qu’elles étaient en train de mastiquer sous la forme d’un liquide vert, comportement que l’on retrouve chez de nombreuses autres chenilles. L’Ortie, urticante, constitue sans doute leur seul rempart contre les ennemis.
Les ennemis, justement, citons-les. Il y a d’abord les petits passereaux insectivores comme les Mésanges, qui sont très friands de chenilles au printemps lorsqu’ils doivent nourrir leurs oisillons. Quelques mésanges peuvent décimer en quelques allers-retours une bonne partie d’un groupe de chenilles.
Il y a ensuite les insectes. D’un côté, deux qui tuent les chenilles pour les manger directement, comme les Guêpes ou certaines Punaises prédatrices. Dans cet extrait d’une vidéo de Filming Varwild, vous pouvez voir des Guêpes dévorant ou emportant des chenilles de Paon du jour.

Et de l’autre côté, il y a les insectes parasitoïdes. Certains s’attaquent au Paon du jour dès l’œuf, étant capables de se fixer au corps d’une femelle fécondée pour la suivre jusqu’à l’endroit où elle ira pondre : ce sont les Trichogrammes. Ces minuscules guêpes de la famille des Trichogrammatidés mesurent souvent moins d’un millimètre (les plus petites ne dépassant pas 0,3 mm !). Elles déposent leurs œufs sur ceux des papillons, et leurs larves s’y développent à la place des chenilles.
D’autres pondent leurs œufs sur ou dans le corps des chenilles : les mouches Tachinaires et les guêpes Ichneumons et Braconidés.
– Parmi les Tachinaires, la mouche Phryxe vulgaris possède un long ovipositeur exsertile qui lui permet de déposer ses œufs directement à l’intérieur des chenilles. La mouche Sturmia bella quant à elle dépose ses œufs minuscules mais très résistants sur le bord des feuilles d’Orties afin que les chenilles les ingèrent accidentellement.
– Les femelles Ichneumons disposent d’un long ovipositeur permettant de percer la peau des chenilles pour y déposer leurs œufs. Parmi elles, Pimpla rufipes et Apechthis compunctor peuvent se développer aux dépens des chenilles du Paon du jour. La plus impressionnante est sans doute la guêpe Trogus lapidator : elle dépose un unique œuf dans le corps d’une chenille, qui continue son développement presque normalement jusqu’à la nymphose. Puis la larve se nymphose à son tour dans son hôte, et c’est une guêpe adulte qui émerge de la chrysalide du papillon, perçant un trou avec ses mandibules à travers la paroi. Chez Phobocampe confusa, un parasite exclusif du Paon du jour et de quelques autres Nymphalidés « urticivores », la larve émerge du corps de son hôte avant la nymphose, puis tisse un cocon de soie à côté de sa dépouille. Vous pouvez la voir à l’œuvre dans cette vidéo de Keith Balmer :

5La vie en communauté présente pour le Paon du jour de nombreux désavantages. Outre le fait qu’elle rend les chenilles très visibles sur les Orties, elle favorise aussi le développement de maladies. Une chenille atteinte par un virus risque ainsi plus facilement de contaminer ses semblables… Ci-contre, une chenille de Paon du jour retrouvée morte, sans doute à cause d’un virus.

La vie en communauté chez les chenilles du Paon du jour

Une étude* de l’académie des sciences de Budapest a révélé des informations très intéressantes sur le comportement des chenilles du Paon du jour. Les jeunes chenilles tout juste écloses auraient tendance à se laisser mourir en l’absence de leurs congénères, restant immobiles sur leur feuille sans se nourrir après y avoir cheminé quelque temps. L’absence d’alimentation ne serait pas le seul facteur expliquant la mort des chenilles isolées, puisque certaines chenilles finiraient par mourir même après s’être alimentées.
La mortalité chez les jeunes chenilles isolées serait également accentuée par la température : à 21°C, le taux de mortalité était d’environ 25% dans cette étude, alors qu’il atteignait 75% à 25°C.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer la mortalité prématurée des jeunes chenilles isolées. L’utilisation de phéromones ou d’hormones pour communiquer est un comportement connu au sein des colonies de chenilles grégaires. Il se pourrait que les chenilles du Paon du jour communiquent entre elles grâce à des phéromones, notamment par le biais de la soie qu’elles produisent et déposent sur les feuilles sous la forme de fils très fins. Suivre ces fils de soie permettrait aux chenilles égarées de retrouver leurs congénères, et de se diriger vers les feuilles d’Orties en cours de consommation par le groupe.

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Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • T. Lafranchis, D. Jutzeler, J-Y. Guillosson, P. & B. Kan, La vie des Papillons, Écologie, Biologie et Comportement des Rhopalocères de France, Diathéo, 2015
  • AUDUSSEAU Hélène, et al. « Rewiring of interactions in a changing environment: nettle‐feeding butterflies and their parasitoids. » Oikos 130.4 (2021): 624-636.
  • *Lauber, É., & Darvas, B. (2009). Increased mortality of isolated first instar larvae of Inachis io (Lepidoptera). Acta Phytopathologica et Entomologica Hungarica
  • A. Lequet, Biologie et développement du Paon du jour,
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Aglais io
  • Lepidoptera and their ecology : Nymphalis io
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Aglais io
  • Lépinet : Aglais io
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Aglais io
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships Among More Than 7700 Species : Aglais io

Dernière mise à jour de la page : juillet 2021