Le Vulcain (Vanessa atalanta)

Le Vulcain (Vanessa atalanta) fait partie de la grande famille des Nymphalidés, représentée dans le monde par plus de 6 000 espèces dont 130 peuvent être observées en France. Au stade adulte, c’est un élégant papillon noir et orange, qui fréquente les jardins, les prairies, les bordures forestières et les vergers, dans lesquels il se nourrit des sucs de vieux fruits fermentés. C’est une espèce migratrice dans la partie nord de son aire de répartition, qui connaît généralement deux générations par an : au printemps, les Vulcains migrent vers le Nord pour se reproduire, et en automne, les individus issus de cette génération repartent vers le Sud. Certains individus passent l’hiver à l’abri dans nos granges, caves et garages. Aux premiers rayons de soleil, ils sortent se dégourdir les ailes. On peut donc observer le Vulcain pratiquement toute l’année ! C’est un papillon très commun, qu’on reconnaît aisément même en vol. Sa chenille est plus discrète et vit cachée dans une feuille d’Ortie ou de Pariétaire.

Reconnaître le Vulcain

Le vulcain

La chenille du Vulcain est assez variable, généralement gris clair à gris très sombre voire noir, parfois rougeâtre. Elle est couverte de soies épineuses jaunâtres, sombres chez les individus plus foncés. Ses flancs sont maculés d’une ligne de taches d’un blanc jaunâtre, plus ou moins bien délimitées, et surtout visibles chez les individus sombres.

Cycle de vie

Dans nos contrées, le Vulcain produit deux générations par an : l’une au printemps et l’autre en automne. La femelle dépose ses œufs isolément sur le feuillage de ses plantes-hôtes, plutôt sur le dessus au début du printemps et sur le dessous ou à l’ombre en été, lorsque les températures sont plus élevées. De couleur verte, l’œuf est orné longitudinalement de 8 à 12 côtes. La durée de son incubation est fonction de la température extérieure : une à deux semaines en été et au printemps, et jusqu’à un mois en automne.
La chenille du Vulcain a la particularité de vivre dans un petit abri qu’elle se confectionne elle-même. Pour cela, elle ronge le pétiole d’une feuille d’ortie afin qu’elle se dessèche tout en restant maintenue à la plante, puis elle relie entre eux les bords de la feuille à l’aide de plusieurs fils de soie. Elle passe ses journées à l’intérieur de cette maisonnette, ne la quittant que pour se nourrir ou lorsqu’elle est devenue trop petite pour elle ; dans ce cas, elle se construit une autre logette dans une feuille un peu plus grande, parfois juste à côté de la première.
Son développement s’achève après 3 à 4 semaines en été. Généralement, la nymphose a lieu à l’intérieur de l’abri : comme les autres Nymphalidés, la chenille se maintient suspendue la tête en bas grâce à quelques fils de soie, et se nymphose dans cette position. La chrysalide délivre un papillon après une semaine environ en été, et jusqu’à 2 mois en hiver.

Plantes-hôtes

La chenille du Vulcain se nourrit de plusieurs espèces d’Urticacées : essentiellement l’Ortie dioïque (Urtica dioica) ou l’Ortie brûlante (Urtica urens), mais également la Pariétaire de Judée (Parietaria judaica) et la Pariétaire officinale (Parietaria officinalis).

Répartition et habitat

Très largement répandue, cette espèce se rencontre de l’Afrique du Nord à l’Asie de l’Ouest, ainsi qu’en Amérique du Nord. En France, elle est présente partout.
Elle colonise des habitats très variés, généralement semi-ouverts : lisières forestières, parcs, jardins, forêts claires…

Étymologie

Le Vulcain porte le nom scientifique Vanessa atalanta. Lorsqu’elle a été décrite en 1758 par Linné, ce dernier lui a donné le nom Papilio atalanta : à cette époque, le naturaliste et systématicien suédois classait tous les papillons de jour dans le genre Papilio. Ce n’est qu’en 1807 que son élève Johan Christian Fabricius créé le genre Vanessa et y classe le Vulcain aux côtés d’autres espèces comme la Belle-Dame (V. cardui). Selon l’entomologiste Arthur Maitland Emmet, ce nom aurait été choisi par Fabricius en hommage à un poème de Jonathan Swift, Cadenus and Vanessa. Vous trouverez des explications plus détaillées et passionnantes sur le blog de Jean-Yves Cordier (cliquez ici !).
Le nom spécifique atalanta fait référence à Atalante, une héroïne de la mythologie grecque réputée pour sa rapidité à la course.
En Français, on l’appelle Vulcain, en référence au dieu romain du feu et de la forge éponyme (les couleurs de ses ailes, le rouge et le noir, étant associées aux flammes), ou plus rarement Amiral par francisation du nom Admiral donné par James Petiver en référence au drapeau rouge du navire du même nom.

Moyens de défense, prédateurs et parasites

Bien cachée dans sa feuille d’Ortie ou de Pariétaire, la chenille du Vulcain passe a priori inaperçue… Mais c’est sans compter sur les Diptères et Hyménoptères parasitoïdes, capables de détecter les chenilles même à travers le feuillage des plantes. Ce type d’abri faciliterait même la détection des chenilles par les parasitoïdes, en concentrant des signaux chimiques et visuels. Le taux de parasitisme du Vulcain reste cependant plus bas que celui des autres chenilles de Nymphalidés se nourrissant d’orties (Audusseau et al. 2021), sans doute entre autres parce que les chenilles du Vulcain sont solitaires, alors que celles du Paon du jour ou de la Petite tortue sont grégaires.
La liste des parasitoïdes des chenilles du Vulcain est longue. En voici quelques uns :

– Parmi les Hyménoptères, plusieurs Ichneumons peuvent pondre leurs œufs dans ces chenilles. Les guêpes Amblyteles armatorius, Campoletis ensator, Apechtis compuctor, Pimpla rufipes, Thyrateles haereticus et T. camelinus ont notamment été recensées. Toutes ces espèces sont assez généralistes et peuvent également parasiter les chenilles d’autres espèces et d’autres familles. Les femelles possèdent un long ovipositeur leur permettant de déposer à distance leurs œufs directement à l’intérieur du corps des chenilles.
– Toujours chez les Hyménoptères, les Braconidés sont des guêpes de plus petites tailles, qui pondent généralement leurs œufs en nombre assez important dans les chenilles. Les larves quittent le corps de leur hôte lorsqu’elles ont terminé leur développement, et tissent un amas de petits cocons individuels à côté de la dépouille de la chenille pour se nymphoser à l’intérieur. Ont été recensées dans les chenilles de Vulcain Microgaster subcompleta, Cotesia glomerata, Protapanteles fulvipes, Diocogaster abdominalis, ainsi qu’une spécialiste des Nymphalidés : Cotesia vanessae.
– Les mouches Tachinaires sont également de redoutables parasites de chenilles. Certaines comme Compsilura concinnata, Phryxe nemea et P. vulgaris possèdent, comme les espèces citées plus haut, un ovipositeur assez long permettant de déposer à distance un œuf directement dans le corps de la chenille. Les mouches Pales pavida et Sturmia bella procèdent de manière plus sournoise : elles déposent leurs œufs minuscules mais très résistants sur le bord des feuilles desquelles se nourrit la chenille, afin qu’elle les ingère accidentellement.

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Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • T. Lafranchis, D. Jutzeler, J-Y. Guillosson, P. & B. Kan, La vie des Papillons, Écologie, Biologie et Comportement des Rhopalocères de France, Diathéo, 2015
  • A. Lequet, Biologie et développement du Vulcain
  • AUDUSSEAU Hélène, et al. « Rewiring of interactions in a changing environment: nettle‐feeding butterflies and their parasitoids. » Oikos 130.4 (2021): 624-636.
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Vanessa atalanta
  • Lepidoptera and their ecology : Vanessa atalanta
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Vanessa atalanta
  • Lépinet : Vanessa atalanta
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Vanessa atalanta
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships Among More Than 7700 Species : Vanessa atalanta

Dernière mise à jour de la page : juillet 2021