La Petite tortue (Aglais urticae)

Les chenilles de la Petite tortue (Aglais urticae) se développent sur les Orties, comme celles du Paon du jour (Aglais io). Grégaires durant leurs 4 premiers stades de développement, elles peuvent former d’impressionnants regroupements dans les massifs d’Ortie aux printemps. Ce comportement leur vaut parfois d’être prises pour des chenilles processionnaires, avec lesquelles elles n’ont pourtant rien à voir !

Reconnaître la Petite tortue

On peut difficilement confondre les chenilles de la Petite tortue avec celles d’autres espèces. Néanmoins, les jeunes chenilles au premier stade larvaire ressemblent beaucoup à celles du Paon du jour. Ces dernières sont toutefois plus sombres.

Cycle de vie

Dans nos contrées, la Petite tortue produit une à trois générations par an, mais le plus souvent deux. Après l’accouplement, la femelle dépose ses œufs en plusieurs « paquets » sur le revers des feuilles de plusieurs Orties. Chaque paquet d’œufs en contient plusieurs dizaines, une femelle pondant au total 300 œufs en moyenne. Environ deux semaines plus tard, les chenilles sortent de leur œuf et en consomment le chorion (l’enveloppe), puis se mettent à grignoter les Orties. Leur développement et leur comportement est très similaire à celui des chenilles du Paon du jour. Ensemble, elles tissent une toile de soie collective, généralement au sommet d’un pied d’Ortie, et y restent groupées durant les 4 premiers stades larvaires. Au-delà, elles se dispersent dans les Orties, restant toujours plus ou moins groupées en raison de la proximité des pieds d’Ortie entre eux. Lorsqu’approche le moment de la nymphose, chaque chenille s’éloigne jusqu’à 20 mètres de sa plante-hôte pour s’installer dans un endroit favorable. Elle se suspend la tête en bas à un support tel qu’une branche, une tige ou un mur.
Le papillon émerge une à trois semaines plus tard. Il butine volontiers les fleurs, et notamment les inflorescence des Apiacées et des Astéracées. Durant la mauvaise saison, il hiverne à l’abri du froid et on peut alors l’observer dans les granges, les greniers et les pièces inhabitées des maisons.

Cette superbe vidéo d’Adam Grochowalski montre le développement de la Petite tortue, de l’œuf au papillon.

Plantes-hôtes

Les plantes-hôtes de la Petite tortue sont les Orties et tout particulièrement l’Ortie dioïque (Urtica dioica).

Répartition et habitat

On peut rencontrer la Petite tortue dans une vaste partie de l’Europe jusqu’en Extrême-Orient. Elle peut s’observer assez haut en altitude, jusqu’au-delà de 3000 mètres d’altitude. En France, elle est présente et abondante partout, bien que ses populations puissent connaître des fluctuations.

Étymologie

La Petite tortue porte le nom scientifique Aglais urticae. Le nom de genre Aglais vient du grec ancien Aglaḯa (Ἀγλαΐα) signifiant « splendeur », « beauté », « brillance », sans doute en référence à la beauté des motifs des ailes des papillons de ce genre. Le nom d’espèce urticae quant à lui fait tout simplement référence aux plantes-hôtes des chenilles, les Orties (Urtica).
En français, on la nomme Petite tortue probablement en raison des motifs des ailes, qui rappellerait ceux des carapaces des tortues, ou encore Vanesse des orties

Moyens de défense, prédateurs et parasites

Comme celles du Paon du jour, les chenilles de la Petite tortue sont très visibles dans les Orties, et ne passent généralement pas inaperçues. Bien que leur corps soit recouvert de petites épines, elles ne sont pas urticantes, et sont à peu près sans défense face aux prédateurs. Confrontées à un danger, elles se laissent tomber de leur plante. Les jeunes chenilles, lorsqu’elles sont agglutinées les unes contre les autres, peuvent « secouer » la tête toutes en même temps, pour surprendre et repousser les prédateurs.
Les chenilles de la Petite tortue ont de nombreux ennemis, à commencer par les oiseaux : elles constituent un met de choix pour les Mésanges et autres petits passereaux insectivores au printemps, lors du nourrissage des juvéniles. Quelques dizaines d’allers-retours peuvent suffire à une Mésange pour décimer une bonne partie d’un groupe de chenilles.
Certains insectes sont également des ennemis remarquables de ces chenilles, à commencer par les insectes parasitoïdes. De nombreuses espèces de mouches Tachinaires parasitent les chenilles de la Petite tortue. La mouche Phryxe vulgaris possède un long ovipositeur exsertile qui lui permet de déposer ses œufs directement à l’intérieur des chenilles. La mouche Sturmia bella quant à elle dépose ses œufs minuscules mais très résistants sur les feuilles d’Orties afin que les chenilles les ingèrent accidentellement. Vous pouvez la voir à l’œuvre dans cette vidéo très intéressante de Filming Varwild :

Certains Ichneumons (guêpes de la famille des Ichneumonidés) peuvent aussi parasiter les Petites tortues. Les femelles des guêpes Pimpla rufipes, Ichneumon cessator et Apechthis compunctor possèdent un long ovipositeur permettant de percer la peau des chenilles pour y déposer leurs œufs. Leurs larves se développent ensuite à l’intérieur du corps de leur hôte.
Chez Phobocampe confusa, un parasite exclusif du Paon du jour et de quelques autres Nymphalidés « urticivores » (dont la Petite tortue), la larve émerge du corps de son hôte avant la nymphose, puis tisse un cocon de soie à côté de sa dépouille.
D’autres guêpes de la famille des Braconidés compte parmi les parasitoïdes de nos chenilles. Parmi elles, Cotesia vanessae marque une préférence pour les chenilles de Nymphalidés. La femelle pond de nombreux œufs à l’intérieur du corps d’une chenille. Une fois leur développement terminé, les larves sortent toutes en même temps du corps de leur hôte, et tissent un amas de petits cocons individuels les uns contre les autres, contre la dépouille de la chenille. Quand la chenille ne meurt pas sur le coup, elle survit parfois quelques jours, demeurant immobile et ne s’alimentant plus. À l’approche d’un danger, elle se met à se tordre de droite à gauche pour se défendre ; ce comportement permet indirectement de protéger les cocons de ses parasitoïdes, qui pourraient à leur tour être parasités par des insectes hyper-parasitoïdes.

Galerie photos (Cliquez sur les photos pour les afficher en grand !)

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • T. Lafranchis, D. Jutzeler, J-Y. Guillosson, P. & B. Kan, La vie des Papillons, Écologie, Biologie et Comportement des Rhopalocères de France, Diathéo, 2015
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Aglais urticae
  • Lepidoptera and their ecology : Nymphalis urticae
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Aglais urticae
  • Lépinet : Aglais urticae
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de FranceAglais urticae
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships Among More Than 7700 Species : Aglais urticae

Dernière mise à jour de la page : août 2021