Toutes les chenilles poilues sont-elles urticantes ?

On entend souvent dire que les chenilles couvertes de poils sont urticantes, et qu’il faut par conséquent s’en méfier, voire s’en débarasser. En France métropolitaine, beaucoup de chenilles présentent une pilosité plus ou moins développée : c’est le cas principalement des chenilles appartenant à la famille des Lasiocampidés, des Érebidés, et de certains Noctuidés. Toutes sont-elles dangereuses ou urticantes ?

La réponse est : non !

La grande majorité des chenilles poilues est totalement inoffensive, c’est-à-dire qu’on peut les manipuler sans aucun risque. Toutefois, certaines espèces sont à manipuler avec précaution. Je pense que l’on peut ranger les chenilles poilues dans 3 catégories :

Les chenilles réellement urticantes = celles qu’il faut vraiment éviter de toucher

La plupart des entomologistes s’accordent pour dire que 4 espèces sont vraiment urticantes en France : la Processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea), la Processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa), le Bombyx cul-brun (Euproctis chrysorrhoea) et le Bombyx cul-doré (Euproctis similis). Voici comment les reconnaître :

La Processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea)

Thaumetopoea_processionea_100613.pngOn la rencontre dans presque toute la France continentale, toujours à proximité des chênes et presque toujours en groupe. On l’observe surtout au cours des mois d’avril à mai.

On reconnaît la chenille à ses très longs poils blancs partant d’une protubérance orangée, à sa tête noire et à sa ligne dorsale sombre.

Le nid des chenilles processionnaires du chêne est situé sur le tronc ou sur les branches des chênes. Il s’agit d’une construction de soie tissée par les chenilles, dans laquelle on peut souvent voir les mues (ancienne peaux) des chenilles.

La Processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa)

Processionnaire du pin.pngOn la rencontre presque partout en France, à l’exception des régions les plus au Nord. On l’observe à proximité des pins, presque toujours en groupe.

Elle possède sur sa face dorsale des bandes de poils orangés, et sur le côté des poils gris clair. Sa tête est noire.

Son développement est différent de celui des processionnaires du chêne : les chenilles naissent en automne, passent l’hiver dans des cocons de soie tissés sur les branches de pin, et descendent de l’arbre au printemps pour s’enterrer et effectuer leur nymphose sous terre. Lorsqu’elles se déplacent au sol, elles le font « en file indienne », l’une derrière l’autre.

Le Bombyx cul-brun (Euproctis chrysorrhoea)

cul-brun.pngOn le rencontre partout en France. Au début du printemps, on observe sa chenille sur de nombreux feuillus. Elle est grégaire au cours de ses premiers stades larvaires : on peut rencontrer de nombreux individus regroupés sur des toiles de soies, puis ils se dispersent en grandissant.

Le cul-brun est facile à reconnaître : outre sa pilosité orange plutôt fine et ses lignes latérales blanches discontinues, il possède à l’arrière du corps deux points rouges bien visibles.

Il s’agit d’une espèce citée comme étant urticante, mais je l’ai déjà manipulée sans avoir de problèmes par la suite. Son cocon, constitué de soies et de poils, est urticant. Retenez tout de même : deux points rouges, j’y touche pas !

Le Bombyx cul-doré (Euproctis similis)

euproctissimilis.pngLe cul-doré est présent dans presque toute la France. On rencontre sa chenille surtout d’avril à juin. Elle ressemble un peu à celle du cul-brun, mais possède deux fines lignes rouges sur tout le dos, entrecoupées d’une bosse noire au premier tiers du corps. Comme le cul-brun, elle a une ligne blanche discontinue sur chaque côté du corps. Elle figure sur la « liste » des espèces dites urticantes, et je n’ai jamais tenté de la manipuler. Son cocon est lui aussi constitué de soie et de poils urticants.

On pourrait également ajouter une cinquième espèce à cette liste : la Processionnaire pinivore (Thaumetopoea pinivora), qui n’est présente en France que dans une petite partie des Alpes.

Les chenilles potentiellement urticantes

Il s’agit d’espèces qui ne sont pas franchement urticantes (ou, du moins, qui ne provoquent pas de réaction aussi importantes que les 4 espèces citées ci-dessus), mais qu’il convient tout de même de manipuler avec précaution. J’ai eu l’occasion de manipuler à plusieurs reprises les espèces que j’évoque ici, et je n’ai jamais eu de problème, à une exception-près que je vais vous détailler plus bas.

Le Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus)

bombyxduchêne.pngIl est présent et abondant dans toute la France. On rencontre sa chenille dès le milieu du printemps et durant une bonne partie de l’été. Si j’en crois le nombre de publications facebook à son sujet chaque année, c’est une des chenilles les plus fréquemment confondues avec les chenilles processionnaires !

Il possède des poils bruns assez long sur tout le corps, entrecoupés de zones dénudées noires sur le dos. Sa tête est relativement volumineuse, et les poils à l’avant et à l’arrière de son corps sont légèrement orangés.

Je l’ai classé dans les chenilles « potentiellement urticantes » parce qu’on rapporte qu’il peut parfois laisser des petits poils dans la peau. Je n’ai jamais eu de problème en manipulant cette chenille, mais je peux témoigner que ses poils peuvent provoquer des démangeaisons dans certains cas. En 2017, j’ai élevé cette espèce pour la première fois sans trop me méfier. Au moment de sa nymphose, la chenille tisse un cocon de soie mêlé à ses poils. J’ai voulu déplacer son cocon pour le mettre dans une boîte spéciale, et je me suis retrouvée avec plein de minuscules poils dans le pouce et l’index. J’ai eu des démangeaisons mineures pendant 3 ou 4 jours, qui sont parties par la suite.

Ce qu’il faut retenir à son sujet, c’est qu’elle ne va pas vous éjecter des poils urticants sur la peau pour se défendre, mais qu’elle est susceptible de perdre des poils lorsqu’on la manipule « de force ». Il ne devrait rien vous arriver si vous la laissez monter sur votre main, mais par précaution, utilisez une feuille pour la déplacer si vous souhaitez la faire sortir de votre jardin.

Il en va de même pour le Bombyx du trèfle (Lasiocampa trifolii) qui présente des caractéristiques similaires. Il est plus rare, et de couleur plus orangée que le bombyx du chêne.

Le Bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi)

bombyxronce.pngPrésente dans toute la France, cette chenille a la particularité d’atteindre son dernier stade de développement à la fin de l’été, voire en automne. C’est donc une des chenilles que l’on peut rencontrer le plus tard dans l’année.

Elle se reconnaît à sa couleur générale noire entrecoupée de zones de poils oranges. Sur la photo de gauche, la chenille n’est pas encore à son dernier stade de développement, lors duquel les bandes oranges disparaissent au profit d’une toison brun-orange sur toute la partie dorsale.

Comme le Bombyx du chêne (ils font partie de la même famille des Lasiocampidés), cette chenille est considérée comme légèrement urticante : il faut vraiment l’embêter pour se retrouver avec des poils dans la peau, et ses poils ne provoquent pas de réactions allergiques graves.

Les chenilles totalement inoffensives

Ce sont des chenilles qui sont réputées pour être inoffensives, et pour lesquelles aucun cas de réaction au contact des poils n’a été rapporté.

L’Écaille martre (Arctia caja)

Arctiinae - Arctia caja (2)Aussi appelée « Écaille hérissonne » en raison de sa très importante pilosité, l’Écaille martre est une espèce commune et répandue en France. On rencontre sa chenille au printemps et en été.

Sa couleur générale est noire, mais son dessous et l’avant de son corps sont orange. Elle possède de longues soies blanches et se déplace très vite. Elle a une petite tête noire et lisse comme la plupart des écailles.

On peut la manipuler sans problème, mais il est possible de se retrouver avec des petits poils dans la peau si on y va trop fort. Ces poils ne sont pas urticants et ne provoquent aucune réaction, ils s’en vont d’eux-mêmes.

Le Bombyx disparate (Lymantria dispar)

disparate.pngLe Bombyx disparate est très commun en France, et peut même « pulluler » certaines années. Polyphage, sa chenille se nourrit sur de nombreuses espèces de ligneux. On la rencontre au printemps et en été, parfois en grand nombre.

Elle est très facile à reconnaître : elle possède sur la tête deux taches noires semblables à des yeux, qui lui donnent un aspect de « smiley ». Sur son dos sont alignées plusieurs paires de protubérances bleues (avant du corps) et rouges (arrière du corps) : pour cette raison, j’ai déjà lu quelqu’un la surnommer « chenille eau chaude / eau froide ». Elle possède de longs poils fins sur le corps, surtout à l’avant. Enfin, ses fausses-pattes sont similaires à de petites ventouses.

Si cette chenille représente une menace, c’est uniquement pour les arbres : elle est totalement inoffensive pour l’homme et ses poils ne sont pas urticants.

À cette courte liste s’ajoutent… Toutes les autres chenilles poilues françaises, en principe. Je n’ai cité que les plus communes, celles qui font l’objet de nombreuses publications sur les réseaux sociaux (voir cet article).

Ce qu’il faut retenir de cet article

Sur les 5000 espèces de papillons (et de chenilles) que l’on trouve en France, moins d’une dizaine sont réellement urticantes. Lorsque vous croisez une chenille poilue que vous n’avez jamais vue auparavant et dont vous ignorez l’identité, par mesure de précaution, ne la manipulez pas à main nue. Mais ne l’écrasez pas pour autant ! En dehors des 2 espèces communes de chenilles processionnaires, toutes les chenilles peuvent être déplacées à l’aide d’une feuille ou d’une cuillère ou de n’importe quel objet, s’il est nécessaire de les déplacer. En cas de doute, vous pouvez me contacter par mail en m’envoyant une photo de la ou des chenilles concernées, et je pourrai vous indiquer s’il s’agit d’une espèces dangereuse ou non.

Pour en savoir plus…

Si vous souhaitez apprendre à différencier les processionnaires des autres chenilles poilues, consultez ce lien !


Photographies utilisées :

– Chenille processionnaire du chêne (photo principale) photographiée par l’utilisateur Accipiter sur Wikimedia commons.

– Chenille processionnaire du pin sur le site maxpixel.