L’Écaille du séneçon (Tyria jacobaeae)

Au début de l’été, on peut rencontrer dans les parcs et les jardins les jolies chenilles jaunes de l’Écaille du séneçon (Tyria jacobaeae) se nourrissant sur des plantes de la même couleur, les Séneçons. Avec ses quelques longues soies claires dispersées sur le corps, cette chenille dénote un peu par rapport à celles des autres écailles, généralement densément velues.

Reconnaître l’Écaille du séneçon

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C’est une chenille facile à reconnaître à ses couleurs vives, le jaune et le noir. On pourrait à la rigueur la confondre avec les jeunes chenilles du Bombyx de la ronce, mais ces dernières sont poilues, et leur corps est noir avec des rayures oranges plus fines.

Cycle de vie

C’est aux alentours du mois de juin, quand les Séneçons commencent à être bien développés, que la femelle de cette Écaille dépose ses petits œufs jaunes et ronds sur le dessous des feuilles. Au total, elle peut pondre jusqu’à 300 œufs, qu’elle disperse sur plusieurs plantes par petits groupes de 30 à 60 œufs.
Contrairement à celles des autres écailles, les chenilles de l’Écaille du séneçon ne se dispersent pas après l’éclosion. Dans un premier temps, elles grignotent le limbe de la feuille sur laquelle elles ont éclos, puis se mettent à consommer les ligules, les capitules, les feuilles et même les tiges de leur plante, en restant toujours groupées.
Un grand nombre de chenilles peut facilement défolier un petit massif entier de séneçons. Certains auteurs mentionnent que lorsqu’elles viennent à manquer de nourriture, elles peuvent adopter un comportement cannibale et se manger entre elles.
Au terme de leur développement, vers la fin de l’été, les chenilles descendent de la plante et tissent un petit cocon de soie, au ras du sol ou dans les premiers centimètres si la terre est assez meuble. Les cocons sont assez sommaires, lâches et blanchâtres, mêlés de petits morceaux de terre et de débris végétaux. La nymphose a lieu dans le cocon, et la chrysalide est d’un brun rougeâtre. Cette espèce passe l’hiver à l’état de chrysalide, et ce n’est qu’au milieu du printemps suivant, vers le mois de mai, que les adultes émergent et se reproduisent.

Plantes-hôtes

On rencontre le plus souvent cette chenille sur les séneçons : en premier lieu le Séneçon de Jacob (Jacobaea vulgaris), mais aussi parfois le Séneçon commun (Senecio vulgaris) ou le Séneçon à feuilles de roquette (J. erucifolia). Dans les massifs montagneux, elle est souvent rencontrée sur le Tussilage (Tussilago farfara) et les Pétasites (notamment Petasites hybridus). D’autres espèces sont également mentionnées comme plantes-hôtes occasionnelles, comme  la Marguerite (Leucanthemum vulgare) et la Molène bouillon-blanc (Verbascum thapsus).

Répartition

L’Écaille du Séneçon est largement répandue en Europe et jusqu’en Asie. Elle a été introduite aux Etats-Unis pour lutter contre les Séneçons, qui posent problème dans les patures en raison de leur toxicité pour les chevaux et les bovins. On peut la rencontrer jusqu’à 2000 mètres d’altitude.
En France, elle était autrefois commune partout à l’exceptions de quelques régions du Sud-Ouest, mais a tendance à se raréfier depuis plusieurs décennies.

Comment rencontrer cette chenille ?

Elle est visible de juin à août environ. Pour la trouver, il faut inspecter les plants de Séneçons, au niveau des feuilles et des capitules. Le caractère grégaire de cette chenille la rend assez facile à trouver, les chenilles étant d’autant plus visibles qu’elles sont nombreuses.
Ses milieux de prédilection sont les pelouses, les bords de chemins, les dunes maritimes et autres milieux ouverts.

Étymologie

Le nom générique Tyria est dérivé du latin « tyrium » qui désigne une teinture d’un rouge violacé, le Pourpre de Tyr, en référence à la couleur rouge qui orne les ailes du papillon. Les autres noms vernaculaires français de cette espèce sont d’ailleurs le Carmin, l’Écaille carmin ou encore la Goutte-de-sang, toujours en référence à cette couleur.
Quant au nom spécifique jacobaeae, il évoque simplement la principale plante-hôte de l’espèce, le Séneçon jacobée (Jacobaea vulgaris).

Moyens de défense, prédateurs et parasites

Les chenilles de l’Écaille du séneçon  sont toxiques et en annoncent la couleur : parées de jaune et de noir, leurs rayures rappellent celles des guêpes. On dit de ces couleurs qu’elles sont prémonitrices, ou aposématiques : elles indiquent à un potentiel prédateur que les chenilles ne sont pas bonnes à manger.
Les Séneçons, les Tussilages et les Pétasites, plantes-hôtes de notre écaille, contiennent des alcaloïdes pyrrolizidiniques, substances qu’elles produisent pour se défendre contre les herbivores. Les chenilles, en consommant ces plantes, deviennent toxiques à leur tour et prennent un goût désagréable pour les prédateurs.
La mortalité est cependant élevée chez les jeunes chenilles, qui n’ont pas encore beaucoup ingéré de substances toxiques. Elles sont alors la proie de divers arthropodes, comme les fourmis ou les réduves et autres punaises.
Les chenilles plus âgées peuvent être parasitées par un petit Hyménoptères Braconidé spécialiste, Protapanteles popularis. Fait intéressant, les larves de ce parasitoïde peuvent dans certains cas quitter leur hôte sans le tuer¹, ce qui limiterait leur impact sur les populations du Lépidoptère. Ces dernières sont néanmoins régulées par la disponibilité alimentaire : lorsque les chenilles ont consommé la totalité des Séneçons disponibles sur une station, elles sont condamnées à errer à la recherche de nourriture, puis à mourir de faim. Certaines années, ce phénomène peut causer la mort de toutes les chenilles d’une station, et impacter les effectifs de l’année suivante².
À l’état de chrysalide, l’Écaille du séneçon peut être prédatée par la Taupe d’Europe (Talpa europaea).

Une chenille dangereuse ?

Vous pouvez prendre cette chenille dans vos mains sans danger : elle ne possède pas de poils urticants. En revanche, elle est toxique et il est donc déconseillé d’essayer de la manger…

Galerie photos

Prévue pour l’été 2021 !

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • A. Lequet, Biologie et développement de l’Écaille du séneçon
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Tyria jacobaeae
  • ¹Meijden, E. van der ;  Veen-Van Wijk, C. A. M. van der ;  Ginneken, V. J. T. van, Cotesia (Apanteles) popularis L. parasitoids do not always kill their host. Entomologist’s Monthly Magazine 2000 Vol.136 No.1632-1635 pp.117-120 ref.14, Institute of Evolutionary and Ecological Sciences, University of Leiden
  • ²Dempster, J. P. The Population Ecology of the Cinnabar Moth, Tyria Jacobaeae L. (Lepidoptera, Arctiidae). Oecologia, vol. 7, no. 1, 1971, pp. 26–67
  • Lepidoptera and their ecology : Tyria jacobaeae
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Tyria jacobaeae
  • Lépinet : Tyria jacobaeae
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Tyria jacobaeae

Photographies utilisées :
– Chenille de l’Écaille du séneçon par l’utilisateur Quartl sur Wikimedia commons.
– Imago par Kurt Kulac sur Wikimedia commons.

Dernière mise à jour de la page : avril 2021