La Pudibonde (Calliteara pudibunda)

Avec son air de « brosse à dent », la chenille de la Pudibonde (Calliteara pudibunda) passe difficilement inaperçue. Son papillon quant à lui est bien plus banal, mais non moins original par sa façon de disposer ses longues pattes antérieures poilues.

Reconnaître la Pudibonde

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Confusion possible : La chenille de la Pudibonde peut être confondue avec la chenille de l’Étoilée, qui possède aussi des touffes de poils jaunes ; ou bien avec la chenille de la Noctuelle de l’érable (Acronicta aceris), très poilue et de couleur jaune-orangée.

Cycle de vie

Au mois de juin, la femelle Pudibonde dépose jusqu’à 300 œufs en ooplaque sur l’écorce ou  les rameaux d’une de ses plantes-hôtes. Les jeunes chenilles, déjà couvertes de très longues soies, consomment dans un premier temps le chorion (l’enveloppe) de leur œuf, puis se mettent à grignoter le feuillage de leur arbre. Elles peuvent rester groupées durant les premiers temps de leur vie de chenille, mais se dispersent rapidement et continuent leur développement chacune dans leur coin.
Elles atteignent généralement le terme de leur développement à la fin de l’été : à ce moment, elles quittent leur arbre et partent à la recherche d’un endroit pour installer leur fin cocon de soie, auquel elles mêlent leurs longs poils. Elles passent tout l’hiver dans ce petit cocon, et n’en sortent qu’au printemps suivant, sous la forme d’un papillon gris aux pattes velues.

Plantes-hôtes

La chenille de la Pudibonde est polyphage et se nourrit de très nombreuses plantes ligneuses parmi lesquelles les Chênes (Quercus), les Bouleaux (Betula), le Noisetier (Corylus avellana), le Hêtre (Fagus sylvatica), les Ormes (Ulmus), les Tilleuls (Tilia), les Aubépines (Crataegus), les Prunus

Répartition

La Pudibonde est présente dans la quasi-totalité de l’Europe, à l’exception de l’extrême Nord. En France, elle peut être observée partout.

Comment rencontrer cette chenille ?

C’est une chenille que l’on rencontre relativement tard dans l’année, généralement en automne lorsqu’elle a atteint son dernier stade de développement et que sa taille et ses couleurs permettent de la repérer facilement. Il faut pour cela la chercher sur ses plantes-hôtes, ou avoir la chance de la voir lorsqu’elle recherche un lieu propice à la nymphose : on peut alors la trouver en train de traverser les routes et chemins forestiers.

Étymologie

Son nom vernaculaire, « Pudibonde », signifie « qui est d’une pudeur exagérée allant jusqu’au ridicule ». Ce nom lui viendrait de sa propension à se recroqueviller lorsqu’elle se sent attaquée, comme pour cacher sa nudité.

Une chenille dangereuse ?

Malgré sa pilosité que l’on pourrait penser urticante, cette chenille n’est pas dangereuse pour l’homme : ses poils ne provoquent pas de réaction allergiques ou d’irritations. Elle n’est pas non plus « nuisible » pour les végétaux.
Par précautions, comme avec toutes les chenilles poilues, évitez de la manipuler de force à mains nues, surtout si vous avez la peau sensible. Si vous avez besoin de la déplacer pour la mettre en sécurité, vous pouvez utiliser une petite cuillère et un récipient quelconque.

Petite anecdote…

Au cours de l’automne 2020, en sortant de ma voiture après m’être garée sur un parking à  Ambérieu-en-Bugey (01), j’ai remarqué une petite forme jaune au milieu d’une grande flaque d’eau. J’ai tout de suite reconnu la chenille de la Pudibonde, et j’ai mis un pied dans l’eau pour aller la sauver de la noyade. Ma pauvre chenille, toute gonflée, était inerte et ne réagissais pas à mes gentils coups de brindille. Je l’ai crue morte, mais voulant lui laisser sa chance, je l’ai déposée dans un masque en tissu qui traînait dans ma voiture.
En revenant quelques heures plus tard à ma voiture, la chenille n’avait pas bougé et demeurait immobile au milieu du masque, à présent imbibé d’eau. Je l’ai ramenée chez moi et l’ai déposée dans une boîte, avec une feuille fraîche au cas où elle aurait un petit creux en se réveillant d’entre les morts.
Le soir, ma chenille avait retrouvé ses esprits, et se tenait fièrement debout sur sa feuille. Victoire, elle était sauvée ! « Je prendrai de belles photos d’elle demain à la lumière du jour », pensais-je, en immortalisant tout de même l’instant avec mon téléphone. Mais le lendemain matin, c’était déjà trop tard : elle avait commencé à tisser son cocon de soie, et je risquais de la déranger en voulant la prendre en photo. Je venais de rater une occasion d’illustrer correctement cet article. C’était là ma première bêtise, et je vais maintenant vous raconter la seconde : par négligence, j’ai laissé le cocon sur le bord intérieur de la fenêtre, pensant que la température assez fraiche suffirait à retenir l’émergence du papillon jusqu’au printemps. Quelle erreur ! Le 7 décembre, au beau milieu de l’hiver, une magnifique femelle de Pudibonde pointait le bout de ses antennes. Impossible pour elle, à cette période de l’année, de trouver un partenaire pour se reproduire. Je lui avais sauvé la vie, pour lui offrir le célibat forcé… Ma pauvre Pudibonde a vécu dans notre chambre, sur le pot de notre aubergine rentrée pour l’hiver, pendant quelques jours. Puis elle a pondu quelques centaines d’œufs infertiles avant de mourir. Triste anecdote causée par une erreur de débutante que je ne suis pas prête de refaire. Quant à la galerie photo de cette page, elle va devoir attendre encore quelques mois.

Petite anecdote bis !

poussin.jpgJ’ai eu l’occasion de croiser cette chenille pour la première fois vers l’âge de 8 ans, dans le jardin de mon arrière grand-mère. Je me souviens parfaitement de cette rencontre : j’ai aperçu au loin, au pied du magnolia, une petite forme jaune et poilue que j’ai prise pour un de ces petits poussins de Pâques en feutrine et en plastique que l’on utilisait pour décorer les « nids de Pâques ». Pensant que ce petit poussin avait été oublié lors de la dernière chasse aux œufs, j’ai voulu le récupérer pour le ramener à la maison, et ai été très surprise de découvrir qu’il s’agissait en réalité d’une chenille (dont j’ignorais évidemment l’identité). Je me souviens avoir voulu l’élever, mais elle a réussi à s’échapper de la serre en plastique que j’avais à l’époque.

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • A. Lequet, Biologie et développement de la Pudibonde
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten : Calliteara pudibunda
  • Lepidoptera and their ecology : Calliteara pudibunda
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Calliteara pudibunda
  • Lépinet : Calliteara pudibunda
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de FranceCalliteara pudibunda

Photographies libres de droit utilisées :
– Chenille de la Pudibonde par l’utilisateur Darius Baužys sur Wikimedia commons.
– Imago de la Pudibonde par l’utilisateur Kurt Kulac sur Wikimedia commons.

Dernière mise à jour de la page : avril 2021