L’Hibernie défeuillante (Erannis defoliaria)

La chenille de l’Hibernie défeuillante (Erannis defoliaria), commune et répandue dans nos campagnes, est facile à trouver au printemps dans les arbres et arbustes. Comme son nom l’indique,  elle peut occasionner quelques dégâts sur les arbres, notamment les années de forte pullulation.

Reconnaître l’Hibernie défeuillante

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Les couleurs de cette chenille peuvent varier selon les individus : certaines sont très pâles avec des couleurs presque effacées, alors que d’autres ont des couleurs vives et bien marquées. Néanmoins, on peut la reconnaître facilement à sa tête orangée, à sa posture et à ses motifs.

Cycle de vie

Cette espèce connaît une génération par an. Au début de l’hiver, la femelle pond par petits chapelets ses œufs de forme ovale. Ils n’éclosent qu’au printemps, lorsque les arbres commencent à débourrer, et les jeunes chenilles se nourrissent des bourgeons et des premières feuilles des arbres. Elles se développent jusqu’en juin, puis la chenille descend au sol pour se nymphoser à la surface de la litière, sans tisser de cocon.
Cinq à sept mois s’écoulent entre le moment où la chenille se nymphose (vers le mois de mai) et le moment où l’imago émerge. Comme son nom le suggère, l’Hibernie est un papillon à l’activité hivernale : les imagos sont actifs dès le début de l’hiver, même à de très basses températures.  La femelle, aptère, est incapable de voler et reste immobile sur le tronc des arbres en attendant d’être fécondée par le mâle, doté d’ailes fonctionnelles. Active de nuit, elle est presque impossible à trouver durant la journée, cachée dans les anfractuosité des écorces.

Plantes-hôtes

Cette chenille se nourrit sur de nombreuses essences de feuillus, dont les Rosacées ligneuses tels que les Prunus, les Aubépines (Crataegus), les Rosiers (Rosa), les Pommiers (Malus) ou les Sorbiers (Sorbus), mais aussi les Chênes (Quercus), le Charme (Carpinus betulus), les Tilleuls (Tilia), les Chèvrefeuilles (Lonicera), le Noisetier (Corylus avellana), les Groseilliers (Ribes), les Saules (Salix), les Peupliers (Populus), les Bouleaux (Betula)… Bref, une chenille polyphage s’il en est !

Répartition

Elle est largement répandue du Nord-Ouest de l’Afrique à l’Est de l’Asie, et présente partout en France. Elle se rencontre dans de nombreux milieux, y compris urbanisés : forêts et milieux boisés, parcs et jardins, bords de chemins de campagne…

Étymologie

Je n’ai pas réussi à trouver l’origine du nom de genre Erannis, mais celle du nom d’espèce defoliaria fait évidemment référence au potentiel défoliateur de l’espèce. Le nom vernaculaire d’Hibernie quant à lui rappelle les mœurs hivernales de l’espèce, dont les imagos émergent au cœur de l’hiver.

Prédateurs et parasites

L’Hibernie défeuillante possède de nombreux prédateurs et parasites. Divers oiseaux insectivores comme les Mésanges sont très friands des chenilles de Géomètres lors de la période de nidification. Les Hémiptères (punaises) et les Coléoptères peuvent aussi se nourrir de chenilles d’Hibernie ; le Silphe à quatre points (Dendroxena quadrimaculata), ci-contre à gauche, est un excellent prédateur de chenilles, qu’il débusque puis dévore sur les troncs et les branches des arbres.

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A gauche, un Silphe à quatre points (Dendroxena quadrimaculata) au dessus de la dépouille d’une Hibernie qu’il vient de dévorer. A droite, la dépouille d’une Hibernie parasitée par un Hyménopètres, probablement Braconidé.

D’autres insectes viennent « réguler » naturellement les populations d’Hibernies : les Hyménoptères et les Diptères parasitoïdes. Ces insectes pondent leurs oeufs à l’intérieur ou sur le corps des chenilles, et leurs larves se développent à l’intérieur. Elles prennent soin de maintenir leur hôte en vie le plus longtemps possible, en épargnant les organes vitaux, mais les chenilles finissent malgré tout par mourir. Plus d’une dizaine d’espèces d’Ichneumons (Hyménoptères Ichneumonidés) ont été observées parasitant ces chenilles (notamment Agrypon flaveolatum, Bathythrix strigosa, Campoplex multicinctus, Cratichneumon culex, Diphyus quadripunctorius, Homotherus varipes, Itoplectis maculator, Ophion minutus, Phobocampe crassiuscula, Platylabus curtorius, P. iridipennis, Tryphon bidentatus…). Très efficaces, certaines de ces espèces (comme Agrypon flaveolatum) ont été utilisées dans le cadre de lutte biologique contre une autre Géomètre, la Phalène brumeuse (Operophtera bruceata).
D’autres guêpes de plus petite taille parasitent les Hibernies : les Braconidés. Parmi elles, des espèces assez généralistes comme Cotesia salebrosa, C. sericea et Meteorus ictericus, mais aussi une espèce qui parasite tout particulièrement les chenilles de Géomètres : Protapanteles fulvipes. Ci-contre à droite, la dépouille d’une chenille d’Hibernie défeuillante probablement parasitée par un Braconidé.

Du côté des Diptères, les mouches Tachinaires sont également de redoutable ennemies des Hibernies. La mouche Pales pavida pond ses œufs sur le bord des feuilles dont les chenilles se nourrissent (on parle d’œufs microtypes) ; ces dernières les ingèrent accidentellement et se retrouvent alors parasitées. La larve du parasitoïde éclot dans l’intestin de la chenille et le traverse pour s’installer dans ses glandes séricigènes durant ses deux premiers stades de développement. Elle se met ensuite à consommer l’intérieur de la chenille, détruisant les tissus internes, en conservant intacts les organes vitaux pour garder son hôte en vie plus longtemps. Une fois son festin terminé, et son développement achevé, elle sort de la chenille en perçant sa peau puis se nymphose à proximité de sa dépouille.
Une autre mouche, Phryxe nemea, pond ses œufs directement sur les chenilles (on parle d’œufs macrotypes, plus gros que les précédents). La chenille a un petit espoir d’échapper au parasitisme si elle mue rapidement, mais dans le cas contraire, l’œuf, collé à son tégument, éclot rapidement, et la larve du parasitoïde pénètre dans son corps. Elle s’y développe en consommant les parties non-vitales de la chenille, de la même manière que les précédentes.

Une chenille dangereuse ?

Cette chenille ne présente aucun danger pour l’homme ou pour les animaux domestiques. En revanche, elle est considérée comme une espèce ravageuse pour les arbres en raison de son appétit pour les feuilles. N’ayez crainte cependant si vous en trouvez un ou deux dans votre jardin : les chenilles de cette espèce sont surtout problématiques lorsqu’elles sont présentes en grand nombre.

Galerie photos

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • J. Fletcher (1894). THE MOTTLED UMBER MOTH.: (Hibernia defoliaria, L.). The Canadian Entomologist, 26(01), 22–24
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Erannis defoliaria
  • Lepidoptera and their ecology : Erannis defoliaria
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Erannis defoliaria
  • Lépinet : Erannis defoliaria
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Erannis defoliaria
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships among more than 7700 species : Erannis defoliaria

Dernière mise à jour de la page : mai 2021