Le Citron (Gonepteryx rhamni)

En parcourant des yeux le feuillage d’une Bourdaine ou d’un Nerprun au printemps, votre regard se posera peut-être sur une drôle de chenille verte, immobile sur la nervure d’une feuille. C’est la chenille du Citron (Gonepteryx rhamni), ce joli papillon jaune bien connu de tous qui, au tout début du printemps, fait partie des premiers à voler dans nos campagnes.

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Le Citron

Cycle de vie

C’est au début du printemps, vers les mois de mars et d’avril, que Madame Citron choisit quelques buissons bien portants pour y pondre ses œufs. Pour faciliter le travail à sa future progéniture, elle les dépose isolément ou en petit groupe sur les bourgeons à peine ouverts. Une semaine plus tard, lorsque les feuilles ont commencé à se développer, la petite chenille du Citron sort de son œuf.
Les premières semaines de sa vie, elle reste timidement cachée en dessous des feuilles, à l’abri des prédateurs. Après sa deuxième mue, elle s’étale au repos sur la nervure des feuilles, comptant sur sa couleur proche de celle des feuilles pour passer inaperçue. Au terme de son développement, pouvant être assez rapide (de l’ordre d’un mois), la chenille se fixe à la verticale à une branche et se tisse une petite ceinture de soie, caractéristique des Piéridés et des Papilionidés. Bien accrochée à son support, elle se nymphose alors : sa chrysalide, verte, assez singulière, ressemble un peu à une feuille.
Après deux semaines, l’imago (= papillon) quitte l’enveloppe de la chrysalide : nous sommes alors au milieu de l’été. Le Citron n’est pas trop pressé de se reproduire : il attendra pour cela le printemps prochain. En attendant, il fréquente volontiers les jardins à la recherche de plantes à butiner. Il apprécie tout particulièrement les plantes à capitules, riches en nectar : Cirses, Chardons, Centaurées, Knauties… Bien repu, il lui arrive d’entrer en diapause durant une partie de l’été, reprenant alors ses activités en automne.
Lorsque les températures commencent à baisser, il quitte les jardins en direction des sous-bois frais et humides, et se met à la recherche d’un petit abri pour passer l’hiver. Il s’installe souvent près du sol, au revers d’une feuille de Lierre ou de Ronce, mais parfois aussi dans les anfractuosité d’un arbre ou d’un mur de pierre, voire dans les habitations humaines. Ni le froid ni la neige ne lui font peur : il peut résister aux températures négatives des longs mois d’hiver, même sous une épaisse couche de neige.
Dès la fin de l’hiver, il fait partie des premiers papillons à se remettre en activité, et butine les premières fleurs du printemps. Au retour des beaux jours, le mâle, territorial, s’installe en hauteur pour surveiller son domaine et chasser les autres mâles. Lorsqu’il repère une femelle, il la poursuit, et le couple entame une parade nuptiale au cours de laquelle la femelle vole à la verticale, suivie de près par le mâle. L’accouplement a lieu au sol ou dans la végétation : la femelle écarte les ailes et dresse l’extrémité de son abdomen.

Plantes-hôtes

La chenille du Citron se nourrit essentiellement sur les plantes appartenant à la famille des Rhamnacées, comme le Nerprun purgatif (Rhamnus cathartica), le Nerprun alaterne (Rhamnus alaternus) ou la Bourdaine (Frangula alnus).

Répartition et habitat

On rencontre cette espèce du Nord de l’Afrique à la Mongolie, à travers une vaste partie de l’Europe. En France, le Citron est présent partout jusqu’à 2000 mètres d’altitude, mais se rencontre plus rarement au-delà de 1300 mètres.
On peut le rencontrer dans des milieux assez variés, allant des forêts claires aux prairies, parcs et jardins.

Étymologie

Le Citron porte le nom scientifique Gonepteryx rhamni. Le nom de genre Gonepteryx vient des mots grecs gonia (γωνία) signifiant « angle » ou « anguleux » et pteron (πτερόν) signifiant « ailes », en référence à la forme anguleuse des ailes des papillons de ce genre. Le nom d’espèce rhamni se réfère aux Rhamnacées, la famille à laquelle appartiennent les plantes-hôtes de ce papillon.

Moyens de défense, prédateurs et parasites

La chenille du Citron est de la même couleur que le feuillage de ses plantes-hôtes. Elle passe facilement inaperçue lorsqu’elle est au repos le long de la nervure d’une feuille.
Avec son dessous plus clair, cette chenille illustre une forme de camouflage appelée ombre inversée : lorsqu’elle est éclairée du dessus, son ombre assombrit sa face ventrale, ce qui la fait paraître uniformément verte. Si elle ne possédait pas cette coloration claire sur la face ventrale, son ombre apparaîtrait davantage, la rendant plus visible pour les prédateurs.

Mais cette chenille a des ennemis qui n’ont que faire du mimétisme, et peuvent la détecter à distance grâce à leurs antennes : les insectes parasitoïdes. Parmi eux, de nombreux Ichneumons (guêpes parasitoïdes de la famille des Ichneumonidés) comme Pimpla turionellae, Hyposoter ebeninus, Itoplectis maculator, Casinaria ischnogaster, Gelis areator, Hyposoter ebeninus, Achaius oratorius, Apechthis compunctor, A. quadridentata  ou encore A. rufata peuvent pondre leurs œufs à l’intérieur des chenilles du Citron. Leurs larves se développent alors dans le corps des chenilles, se nourrissant de leurs organes non-vitaux, jusqu’à causer la mort de leur hôte au moment où elles quittent leur corps. D’autres guêpes appartenant à la famille des Braconidés peuvent également la parasiter, comme Cotesia ruficrus ou Bassus rufipes. Enfin, la mouche Phryxe nemeaune Tachinaire, dispose elle aussi d’un organe de ponte permettant de déposer ses œufs sous la peau des chenilles.
Toutes ces espèces sont très généralistes et ne parasitent pas uniquement les chenilles du Citron : elles peuvent également pondre dans les chenilles de nombreuses autres espèces de Lépidoptères.
Dans certaines régions d’Europe centrale vivent des parasitoïdes exclusifs du Citron : deux Braconidés, Cotesia gonopterygis et C. risilis, ont notamment été recensés.

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Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • T. Lafranchis, D. Jutzeler, J-Y. Guillosson, P. & B. Kan, La vie des Papillons, Écologie, Biologie et Comportement des Rhopalocères de France, Diathéo, 2015
  • Lozan, A., Spitzer, K., & Jaroš, J. (2011). Isolated peat bog habitats and their food connections: parasitoids (Hymenoptera: Ichneumonoidea) and their lepidopteran hosts. Journal of Insect Conservation,
  • A. Lequet, Biologie et développement du Citron,
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten (Lepiforum) : Gonepteryx rhamni
  • Lepidoptera and their ecology : Gonepteryx rhamni
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Gonepteryx rhamni
  • Lépinet : Gonepteryx rhamni
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Gonepteryx rhamni
  • The Ecology of Commanster, Ecological Relationships Among More Than 7700 Species : Gonepteryx rhamni
  • Le numéro 96 de La Hulotte est consacré en partie au Citron. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette espèce, vous pouvez le commander ici !

Dernière mise à jour de la page : juillet 2021