Une chenille dans ma chambre

Voilà quelques années à présent que le temps me manque pour me consacrer aux chenilles. Les travaux, la vie de famille et le boulot ne me permettent plus de courir la campagne chaque printemps pour examiner les branches de saule, d’aubépine ou de chêne comme j’aimais le faire autrefois. Et puis une certaine lassitude m’a récemment envahie, avec l’essor fulgurant des IA génératives qui permettent en deux clics de produire des visuels attrayants et à fort potentiel viral : à quoi bon me fatiguer à faire des fiches sur les chenilles si ChatGPT peut faire les mêmes, en beaucoup plus approximatives (pour dire le moins) mais en bien plus accrocheuses ?

Mais cette année, pour me replonger un peu dans ma passion et permettre à Martin de s’adonner à la sienne (la botanique), nous avons participé aux 24h naturalistes du Jura qui avaient lieu à Clairvaux-les-lacs les 13 et 14 juin 2026. C’était aussi l’occasion de donner à notre fils Emile, qui vient d’avoir 3 ans, le goût d’arpenter les prairies avec un filet et une petite boîte pour observer les insectes qui nous entourent.

Ce fut un chouette événement qui ne fut pas riche en palpitantes observations d’insectes (quelques chenilles communes, rien de nouveau pour moi – une sympathique soirée hétérocères avec quelques jolis papillons communs, mais encore une fois rien d’extraordinaire) mais nous a permis de voir du monde et de se sentir un peu vieux (ma première participation à cet événement, remonte à 9 ans… et 11 ans pour Martin !). Il n’empêche que je suis un peu restée sur ma fin question chenilles.

Nous sommes donc rentrés le dimanche soir et avons repris notre petite routine, les bouquins naturalistes sont retournés dans la bibliothèque et j’ai négligemment laissé mon sac de terrain au pied de notre lit. Et puis hier matin, mercredi donc, je me suis levée et j’ai failli marcher sur une chenille qui se trouvait devant mon sac, au pied du lit.

« C’est sûrement une quelconque noctuelle verte », ai-je pensé en la voyant. Les fenêtres étaient fermées, j’ai supposé qu’elle avait dû s’accrocher à mon sac quand nous marchions dehors, et qu’elle s’était ainsi retrouvée enfermée dans notre chambre lorsque j’y ai déposé mon sac.

Et puis je l’ai ramassée et j’ai été interpellée par sa peau épaisse, granuleuse, et ses grosses ventouses. C’est pas une quelconque Noctuelle, ça ! Mais pour autant, comme je n’ai plus trop « pratiqué » ces dernières années, son identité ne m’apparaît pas comme une évidence. Ce doit être un gros hétérocère, genre Sphingidé ou Saturnidé. J’abandonne tout ce que j’étais en train de faire pour me plonger dans son identification… et je trouve très rapidement.

C’est une Hachette (Aglia tau) ! Je n’ai même pas reconnu la chenille du papillon que j’ai eu en photo de profil sur Facebook pendant des années… et que j’avais pourtant déjà tenté d’élever, il y a bien 7 ou 8 ans – une femelle aux ailes abîmées avait pondu sur un plantain, mais les chenilles étaient mortes au premier stade malgré mes efforts pour leur fournir du Hêtre frais).

J’ai la chance d’habiter à deux pas d’une vaste forêt constituée en bonne partie de hêtres : il m’a fallu moins de trois minutes pour aller lui chercher une branche fraîche et l’installer sur le bord de la fenêtre de ma chambre.

Erreur d’éternelle débutante, j’ai pensé que la chenille allait sagement rester sur sa branche et s’empresser de dévorer les feuilles du hêtre, puisqu’elle n’avait rien mangé depuis 3 jours. Elle est restée immobile un moment, puis je l’ai retrouvée une heure plus tard tout en haut de mes rideaux…

Je l’ai donc installée dans une cage en moustiquaire bien aérée, un peu inquiète qu’elle ne se nourrisse pas. Ce n’est qu’au moment d’aller me coucher que je l’ai entendue grignoter : sans doute attendait-elle la tombée de la nuit pour commencer à s’alimenter…

Parviendrai-je à mener à terme le développement de cette chenille, qui a parcouru clandestinement 250km sans se faire écraser dans notre voiture remplie d’affaires, et jeûné 3 jours avant de manquer de se faire piétiner sur le parquet de ma chambre ? Affaire à suivre !

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