La Fiancée (Catocala sponsa)

La chenille dont je vais vous parler aujourd’hui est extraordinaire. « Mais elles le sont toutes ! », me direz-vous : oui, mais elle tout particulièrement. La Fiancée (Catocala sponsa) fait partie des Lichénées, nom vernaculaire donné aux espèces du genre Catocala, dont la chenille comme le papillon sont parés de motifs cryptiques leur permettant de passer totalement inaperçus sur les branches et les troncs des arbres.

Reconnaître la Fiancée

La fiancée.pngConfusions possibles : La Fiancée peut être confondue avec d’autres chenilles du genre Catocala, mais la plupart d’entre elles se nourrit sur d’autres essences d’arbres. Certaines Lichénées se nourrissent toutefois de Chênes à feuillage caduque : la Promise (Catocala promissa), la Bien-Aimée (C. dilecta), la Nymphagogue (C. nymphagoga) ou encore la Lichénée jaune (C. fulminea), mais elles sont pour la plupart moins communes et/ou localisées dans la moitié Sud de la France.
Une noctuelle d’un autre genre, l’Aubépinière (Allophyes oxyacanthae), ressemble à une petite Lichénée et adopte la même posture sur les branches des arbres, mais ne possède pas de soies latérales et ne porte que quatre petites protubérances, situées sur le 8ème segment abdominal.

Cycle de vie

Au cours de l’été, la femelle de cette espèce dépose ses œufs par petits groupes sur les branches des Chênes. Les chenilles n’éclosent qu’au printemps suivant. De mœurs nocturnes, elles passent leurs journées immobiles plaquées contre les branches ou les écorces. Elles se nourrissent à la nuit tombée.
Au terme de son développement, la chenille tisse un fin cocon de soie entre les feuilles ou sur l’écorce de l’arbre, et s’y nymphose. La chrysalide, volumineuse, est couverte d’une poussière bleuâtre. Le papillon en émerge en été.

Plantes-hôtes

Les chenilles de la Fiancée se nourrissent surtout sur les Chênes (Quercus) à feuillage caduque, mais le Châtaignier (Castanea sativa) est également cité comme plante-hôte.

Comment rencontrer cette chenille ?

On peut observer la Fiancée au printemps, de mi-avril à juin environ. Les chenilles se trouvent souvent dans les branches les plus basses des grands Chênes, et parfois sur des Chênes assez jeunes. Il faut examiner minutieusement les branches et les écorces de ces arbres pour espérer trouver cette chenille.

Étymologie

Le genre Catocala est représenté en France par une quinzaine d’espèces. Il s’agit de papillons « de nuit » à première vue banals, mais dont les ailes postérieures sont vivement colorées de bleu, de jaune ou de rouge. C’est sans doute parce que les Lichénées ne révèlent leur beauté qu’au moment où elles relèvent leurs ailes, que les naturalistes leur ont donné des noms liés au mariage et au couple. Ainsi, Catocala dilecta se nomme la Bien-aimée, C. promissa la Promise, C. electa l’Élue, C. conjuncta la Conjointe… Moins chanceuse, la petite Catocala diversa est quand à elle nommée la Répudiée. Sans doute parce que la couleur de ses ailes postérieures, le jaune, est associé à la tromperie et à la trahison.

Quant au nom Catocala lui-même, il vient du grec κάτω (= dessous) et καλός (= beau), en référence bien sûr à la beauté des ailes postérieures des papillons. L’épithète sponsa quant à lui vient du latin, et signifie tout simplement « fiancé ».

Moyens de défense, prédateurs et parasites

La chenille de cette Lichénée compte sur son mimétisme pour passer inaperçue. Toutefois, lorsqu’on la saisit, elle n’hésite pas à se détendre brusquement, tombant de son arbre. Elle laisse alors apparaître ses surprenantes taches ventrales bordeaux.

Petite anecdote

J’ai rencontré cette chenille pour la première fois en mai 2018, aux Charmettes, sur les hauteurs de Chambéry (Savoie). Je venais d’arriver au pied d’un grand chêne, et j’ai saisi une de ses branches à ma hauteur pour la ramener vers moi afin de chercher des chenilles dans son feuillage. La texture molle de la branche que je venais de prendre en main m’a surprise, et je l’ai lâchée, pensant que je venais de poser ma main sur un insecte. C’était bien le cas, et il m’a fallu plusieurs secondes avant de réussir à discerner le contour de l’insecte en question, tant il se fondait dans le décor. C’était, vous l’aurez compris, une chenille de Fiancée que je venais accidentellement de blesser en la serrant involontairement contre son support. Il m’a fallu plusieurs minutes avant de parvenir à en trouver une seconde, quelques branches plus haut.
J’ai récupéré les deux chenilles pour les élever ; la première est morte quelques jours plus tard des suites des blessures que je lui avais involontairement infligées, et la seconde a mystérieusement disparu.

Galerie photos 

Bibliographie

  • D. J. Carter, B. Hargreaves, Guide des chenilles d’Europe, Delachaux et Niestlé
  • J-F. Aubert, Papillons d’Europe I, Delachaux et Niestlé
  • B. Henwood, P. Sterling, R. Lewington, Field Guide to the Caterpillars of Great Britain and Ireland, Bloomsbury Wildlife Guides
  • H. Bellmann, Quel est ce papillon ?, Nathan
  • Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten : Catocala sponsa
  • Lepidoptera and their ecology : Catocala sponsa
  • Moths and Butterflies of Europe and North Africa : Catocala sponsa
  • Lépinet : Catocala sponsa
  • Artemisiae, le portail dynamique national sur les papillons de France : Catocala sponsa
  • Et si vous voulez en voir un peu plus, un petit aperçu de la diversité des Catocala françaises sur le site d’Alain Ramel.

Merci à Jean Haxaire et Thomas Huet qui m’ont permis de mettre un nom sur cette chenille lorsque je l’ai trouvée.

Photographies libres de droit utilisées :
– Imago de la Fiancée par l’utilisateur Harald Süpfle sur Wikimedia commons.

Dernière mise à jour de la page : avril 2021